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 The Mighty Magician, The Bony Death

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MessageSujet: The Mighty Magician, The Bony Death   Dim 18 Mai - 14:21



« PoeTRY, and Fails »


Parfois, il y a de belles nuits en enfer. C'est plutôt rare, mais ça existe. Et de telles nuits, n'importe qui vous direz d'en profiter. De lever la tête vers le ciel, de regarder les étoiles qui parsème le ciel infernal. Essayer de distinguer les constellations déformés, détruites, et reformés par les pouvoirs malsains de Lucifer. Laisser glisser cette air nocturne, frais, sur son visage, et se laisser aller à quelques rétrospectives vagabondes, regarder s'envoler ses pensées même les plus profondes. Le ciel noir, et son chaos d'éclat d'argent... certains présente cette beauté picturale de la nature comme une essence inspiratrice, rendant sage même les plus ignorants. Connerie. Quand Virgil posait son regard de braise et d'onyx sur ce merdier incompréhensible, il n'y voyait rien d'autre qu'une saloperie de trou noir absorbant les âmes. Ce genre de démon qui, lorsqu'il cerne dans ton regard la moindre lueur de réflexion, s'en accapare, et te dépossède de tout ce qui tu as de plus profond, de plus secret. Un putain d'immense trou noir que tout le monde s'obstine à voir comme une figure salvatrice. Le petit secret, c'est que le ciel, c'est un peu Dieu. Et que Dieu, il est loin d'être salvateur. Dieu, c'est aussi un fils de pute à sa manière. Miséricordieux, hein? Alors pourquoi avoir condamné tout ces hommes et toutes ces femmes à la damnation éternelle, hein? Parce qu'ils n'ont pas suivis des règles à la con? Parce qu'il n'ont pas respecté les valeurs, les codes, qu'Il avait instauré dans le but de faire régner la paix sur Terre, parmi les hommes? Connerie. Encore une fois, connerie. La paix? Tout ce qui l'intéressait, c'était sa suprématie. Dieu, c'est un despote. Et comme tout despote qui se respecte, il se fait passer pour un sauveur. L'Histoire retenait le nom de bon nombre de ces tyrans, et la majorité d'ailleurs sont aujourd'hui en enfer. La place de Dieu n'est alors pas dans ce putain de ciel qui absorbe les âmes... elle est là, avec eux, avec les reclus, les parias, les pêcheurs... les damnés.

Cette pensée provoqua alors un léger sourire sur les lèvres ciselés de Virgil. Un sourire qui ne manqua pas d'allumer, dans ses yeux, une lueur rougeoyante de malice, au sens le plus diabolique du terme. Peut-être qu'un jour, l'ordre des choses sera établis, et que le Saint-Père sera là, dans ce trou à rat, dans cette ville puante, dans cette ville de damnation, à souffrir l'éternité comme eux. Peut-être même alors, que ce jour venus, il lui payerait une bière, au Divin. Histoire de se fendre la gueule en le regardant boire cette "boisson du démon". Ouais, ça serait drôle. Mais pour l'heure, l'Autre gardait ses fesses bien posé sur son trône céleste, pendant que lui, le Conteur des Enfers, s'emmitouflait dans son long manteau d'ébène, en pénétrant dans le cimetière. La nuit était belle, certes, mais la brise un peu fraîche. Sa large capuche noirâtre posé sur son visage, il devenait une ombre mouvante sur une toile d'obscurité. Se fondant dans les ténèbres, imposant son règne à chacun de ses pas lourds, chaque fois que ses doc martens venaient marteler les allées de ce joli parc à os. Loin des luxurieuses soirées de la boîte de nuit de Cléopâtre, loin de l'engouement pour le gain du casino de Midas, loin des effluves d'alcool du bar d'Adam... c'était sa façon de profiter de cette belle nuit. Loin de l'alcool? Voilà qui ne lui ressemblait pas. Voilà qui n'était pas dans sa nature. Et pourtant... pas ivre, pas saoul, pas entrain de boire. Les soirées où Virgil était clean, c'était quelque chose de rare. Peut-être n'éprouvait-il pas l'envie, le besoin, de se détruire l'esprit ce soir là. Peut-être.

Nez à nez face à la faucheuse de noir et d'acier, il pensait alors qu'elle pourrait être une bonne compagnie pour la soirée. Silencieuse, discrète... et cette aura terrifiante qui lui plaisait étrangement. Le Conteur tendit la main droite, se hissant sur la pointe des pieds pour caresser l'ombre d'une joue, drapé sous un voile noir d'augure.. une froideur déstabilisante. Sur ce piédestal, la sculpture avait une hauteur qui la rendait impératrice. Elle était, après tout, reine dans ce cimetière. Celle qui veillait sur ses tombes, sur ornements funéraires. Du bout des doigts, il caressait alors les ailes qui s'étendait, des ailes d'un ébène sinistre. Il l'effleurait, comme il découvrait pour la première fois le corps d'une femme. D'entre ses lèvres s'échappaient une volute de fumée, se perdant alors dans l'air ambiant. Il fit le tour de la sculpture, tournant autour d'elle en vautour, avant de s'asseoir à ses pieds, sur le piédestal sur lequel elle se tenait. Et d'une des poches internes de son manteau tombant sur ses genoux, il tira un livre format de poche. Un livre qu'il avait pioché parmi sa collection, un livre qu'il avait retrouvé dans le bordel de son appartement. Un miracle en somme.

Il avait alors décidé de faire un brin de lecture, là, aux pieds de la Mort transformé en bloc de marbre et d'acier. Là où il était certains que personne ne viendrait le déranger, l'emmerder. Le cimetière est un lieu... singulier. Pour ne pas dire épouvantable. Il a cette aura funèbre que chaque cimetière, même sur terre, peut avoir. Mais il y a cette magie, ce sortilège, cette malédiction pesant sur les épaules des rares visiteurs : Une peur grandissante, une angoisse, celle de se retrouver au pied de sa propre tombe. Virgil avait déjà trouvé la sienne. Il y a fort longtemps. Avant qu'il ne devienne ce qu'il était aujourd'hui. Lorsque l'on pouvait encore le dire poète, guide, philosophe... Une expérience traumatisante pour lui. Voir son nom, et ses dates, inscrit dans la pierre tombale. C'était voir son corps, mort, sous ses pieds, et à travers lui, comprendre l’importance de tout ce que l'on avait perdu, en mourant. Peut-être cette expérience fût une cicatrice de son âme qui le poussa plus profondément dans la damnation, une damnation qui l'avait transformé, comme un cocon laissant échapper un papillon aux ailes d'un noir absolu. Du philosophe érudit à la belle poésie, il en était venus au stade de la raclure incarné, violent et alcoolique. Alcoolique d'ailleurs... il mis à nouveau sa main dans une autre de ses poches, pour en sortir une flasque de whisky. Voilà qui ressemblait d'avantage à Virgil. Et ce serait totalement lui si, dans un recoin de son manteau, il cachait une seconde flasque...

"Le Magicien Prodigieux". C'était le titre de l’œuvre littéraire que tenait le Conteur entre ses mains. Il bus une longue gorgée de l'alcool remplissant sa petite gourde, avant de la déposer à côté de lui, sur le piédestal. Le liquide glissait alors le long de sa gorge, réchauffant son œsophage, brûlant ton sur son passage. Quelques flots se perdirent dans un coin de son cerveau, commençant à grignoter les parcelles de son esprit, bien qu'il y aurait besoin de bien d'autre vague pour le plonger dans l'ivresse. Acte I. Scene I. Virgil se laissait griser par les vers du fameux Calderón, autant par la beauté de la traduction, mais surtout par la magnificence de la poésie originel de l’œuvre, en cette belle langue de Cervantès. Il y avait une sonorité qui le pousserait presque à clamer les vers à travers ce cimetière, si seulement il n'avait pas pour intention d'en préserver le caractère silencieux. La lecture ne fut alors que pour lui-même. Sourde, muette, mais néanmoins sublime. Entre deux monologues, entre deux pages, entre deux scènes, il portait le goulot de sa flasque à ses lèvres, pour boire encore quelques gorgées de l'ambre liquide, dont le parfum enivrait son odorat.

C'était alors sa manière de "profiter de cette belle nuit". Mais les minutes s'écoulèrent, entraînant quelques heures avec elle, et au final, l'instant de plénitude et de calme qu'il trouvait entre les tombes, au pied de la sculpture, à lire la versification de Calderón, devint de l'ennui dans sa plus bel apparat. La beauté du "Magicien Prodigieux" le renvoyait à sa propre incapacité à écrire comme il le faisait auparavant. La plénitude n'était alors qu'illusoire, son être étant déchiré de part en part, si bien qu'il sentait le besoin quotidien de tuer ses pensées, son cerveau, son âme, dans l'alcool. Et le calme n'était autre que le reflet de cette solitude singulière qui avait toujours un peu fait partie de lui. Son visage se relevait alors vers le voile de la faucheuse, devinant, à travers le capuchon masquant son visage, son regard qui se posait sur lui. Virgil sourit, et ses lèvres dessinent de jolie courbe alors qu'il entame le dialogue avec sa froide compagnie : « Tu dois te faire chier toi aussi hein ? Rester là, planter, toute la sainte journée... que dirais-tu de te dégourdir un peu les jambes ? » A la manière du Magicien, Virgil sentait en lui le désir de satisfaire ses plus grandes envies. Et la première de celle-ci, c'était de donner la vie, à une chose pourtant inanimé.

 

Chaque créature à son créateur. Celui qui l'a façonné, celui qui lui a donné vie. L'enfer est un exemple parfait : Ceux que l'on nomme Slender, les généraux de Lucifer, ne sont, pour certains, que des créations. Et combien même ils ne le sont pas, ils ont été remodelé par la puissance du Porteur de Lumière. Moi-même, je le fût. Mais de créature, je peux devenir créateur. Si Adam fût fait de boue, si Tanatos fût faite de rien, comment pourrais-je ne pas donner vie à partir d'une statue ? A ma manière, je suis Dieu. A ma manière, je suis Lucifer. Et voilà qui le prouve alors...

Il mit quelques secondes à rassembler ses vers, à construire sa courte poésie. Il se doutait cependant que quatre simple vers ne suffiraient pas, il s'agissait après tout de donner la vie. Il se lève, et se dresse face à la Faucheuse, son livre à la main, la flasque de whisky dans l'autre. Une nouvelle gorgée s'écoule le long de sa gorge, comme cherchant l'inspiration dans cet éther précieux. Rangeant le bouquin dans son long manteau, il fixe son regard là où devait se trouver celui de la Mort de marbre. Une profonde inspiration, et il clamas son incantation, à haute voix, résonnant dans le cimetière, entre les tombes, sur les sépultures :

Toi, femme de fer, femme austère,
Je t'offre le mouvement par ces quelques vers,
Que se déploie tes ailes d'une profondeur de jais,
Que vivent tes membres encore inanimés.
Brise cette prison toi qui ne connais que l'immobilité,
Prends vie comme Dieu te l'aurais donné,
Découvre les joies de la vie,
Enivré par les flots de ma tendre poésie !
Il y eut quelques secondes de flottement, de silence, de suspens, durant lesquelles rien ne se produisait. Virgil restait pantois face à la sculpture qui ne semblait pas répondre à son appel. Son sort ne semblait alors pas fonctionner comme il l'aurait voulus. C'est en tout cas ce qu'il songeait, avant que la Mort se mit en marche. Elle semblait se réveiller, étirer ses membres engourdis par un long sommeil d'éternité. Le bloc de pierre se mouvait en silence, descendant de son piédestal, pour se dresser face à son créateur. Leurs regards se croisèrent un instant, Virgil affichais un léger sourire satisfait. Avant que la faucheuse ne lève sa faux de pierre d'un air menaçant. Quelques choses ne semblait pas tourner rond. En tout cas, pas comme le Conteur aurait voulus que cela ne se déroule. Et son sourire emprunt de fierté s'effaça. La faux s’abattait sur lui, comme cherchant à faucher son âme d'un revers. Virgil s’esquiva de peu, d'un bon en arrière. Et à sa place, ce fut quelques pierres tombales qui se trouvèrent sur la route de la terrible faux. Visiblement... il avait fait une connerie. Une bien belle connerie... En quelques minutes, le cimetière était en partie ravagé. Et c'était un peu la merde.

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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Dim 18 Mai - 20:05





La vie s'amuse ; la Mort fait le ménage.


La Faucheuse se tenait adossée à une grande croix, une tombe majestueuse. Les hommes n'étaient même pas égaux dans la mort, tout du moins sur Terre. Ils avaient presque plus de chance une fois arrivés ici-bas, puisque chacun souffrait de la même manière, d'abord à cause d'un terrible sentiment de perdition. Elle ne se mêlait que rarement parmi les Damnés, préférant le silence réconfortant qu'offrait la solitude, mais lorsqu'elle le faisait, elle remarquait que les nouveaux venus étaient faciles à repérer. Les seuls à encore regarder autour d'eux, à oser poser des questions aux autres passants qui se cachent dans leur capuche et s'enfoncent dans leur manteau.
Ce triste constat la navrait. Certes, beaucoup de gens méritaient les souffrances qu'ils subissaient dans ce lieu maudit, mais la jeune fille observait souvent son quartier, qu'elle quittait rarement, peuplé uniquement par des gens pas assez purs, mais pas assez pécheurs. Des suicidés, des ratés, des personnes qui avaient trop privilégié leurs intérêts.

Oh, elle pourrait essayer d'aider elle même ces âmes souffrantes, leur parler, les réconforter, les guider, bien sûr. Mais sa tâche principale occupait déjà une partie de son temps, et elle ne souhaitait pas trop parler aux habitants des Enfers, toujours hantée par la crainte de leur ressentiment. Ce n'était pas à elle de remplir cette tâche, après tout. Alors elle finissait inlassablement par hausser les épaules pour tourner les talons loin de cette misère, et enfin se réfugier là où personne ne viendrait troubler le flot de ses pensées. Ce soir, ses pas l'avaient presque emmenée à l'abattoir, où elle appréciait toujours la présence discrète des employés ainsi que le bruit assourdissant du lieu, qui empêchait toute conversation, mais la beauté du ciel nocturne l'avait emporté sur le réconfort que peut procurer une présence à ses côtés : elle irait au Cimetière.

S'étendant sur une partie non négligeable de son "territoire", la Mort se retrouvait toujours d'une manière ou d'une autre dans ce lieu. Elle appréciait l'ambiance calme et étrange qui y régnait. On la trouvait souvent à rôder près du centre du lieu, comme cette nuit où elle se tenait contre cette tombe d'où transparaissait la richesse passée de son propriétaire. Son regard se perdait dans l'enchevêtrement des étoiles déformées et déplacées, tandis que l'air frais de la nuit se chargeait aussi de la ravir. Habituée aux rives humides et glacées du Styx, rien ne lui faisait plus plaisir que la brise fraîche qui soufflait sur ce lieu sinistre. Jetant un coup d’œil aux alentours pour s'assurer de sa solitude, Tanatos alla jusqu'à laisser la chair de son visage se recomposer afin de profiter de la morsure de l'air, rabattant tout de même sa grand capuche sur sa tête, par précaution. Se laissant glisser le long de la croix qui lui servait d'appui pour s'asseoir, étendant ses jambes nues et fermant les yeux, tout semblait disparaître.
Ses soucis et ses préoccupations n'étaient plus que des problèmes distants, comme ces astres lointains qui perdent de leur éclat lorsque l'on pose directement nos yeux dessus. Plus rien ne comptait en cette superbe nuit qui effaçait tout, qui ne lui offrait que sérénité, calme et silence. Ses yeux s'ouvrirent à nouveau pour se poser sur son double de pierre, qu'elle appréciait presque en cet instant. Elle n'avait jamais aimé son air imposant, menaçant, mais en cet instant, elle n'y voyait que le réconfort d'une chose qui dure, qui ne peut s'user, qui reste. Aurait-elle le droit de finir ainsi, lorsque Lucifer sera lassé de son existence et la remplacera ? Pourra-t-elle prendre la place de cette usurpatrice gigantesque pour poser une dernière fois, et pour l'éternité, son regard bienveillant sur les morts pour qui elle ne ressent qu'une profonde empathie et une part de sympathie ? ...


... Poum, poum, poum. Lentement, mais sûrement, le silence tant apprécié se brisait. Qui pouvait bien oser se mouvoir lourdement sans montrer une once de respect à son havre de paix ? Paniquée, la Faucheuse s'empressa de faire disparaître la chair de son visage et de se ramasser sur elle même, donnant l'impression d'être presque minuscule contre cette sépulture si grande, ne devenant plus qu'une ombre presque impossible à discerner.
Son ventre se tordit lorsqu'elle reconnut la silhouette du Poète et Guide Virgil s'avancer vers la statue à son effigie. Le cimetière était ouvert à tous mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable de ce lieu, et voir une personne qu'elle appréciait si peu en fouler le sol ne lui plaisait pas. Tout comme sa découverte tactile de sa statue. Elle n'avait jamais apprécié son manque de professionnalisme, et voir traîner ici ses iris rougeoyant et son pas lourd d'alcoolique ne l'enchantait guère. Et pourtant, elle restait silencieuse, collée contre la pierre froide de la prétendue dernière demeure d'un certain William H. Anderson. Avec un peu de chance, il se lasserait et partirait ?

A son plus grand désarroi, l'homme qui semblait avoir des prédispositions pour attirer son courroux venait de s'asseoir aux pieds de sa géante reproduction, lui tournant le dos, probablement avec l'intention de rester un moment. Elle ne pouvait voir distinctement ce qu'il faisait, mais l'éclat de sa flasque n'eût pas de mal à attirer son attention. Il ne semblait pourtant pas en consommer très rapidement, pourtant, ce qui voulait dire qu'il faisait autre chose. Que pouvait-il manigancer à cette heure, dans cet endroit dont la Gardienne le rejetait ? Il n'était sûrement pas en train d'écrire, ce poète raté n'avait plus tracé une ligne depuis des siècles, disait-on. Contrariée, la Mort se contenta de se retourner pour ne plus avoir cet être détestable dans son champ de vision et repris sa contemplation du ciel nocturne, aussi corrompu que le rester des Enfers par la présence démoniaque de Lucifer. Au bout de quelques instants, par chance, le silence se fit à nouveau et la présence de l'intrus ne se ressentit même plus. Pendant de longues minutes, elle ferma à nouveau les yeux, goûtant à la fraîcheur de l'air sur chaque parcelle de sa peau découverte. ... Jusqu'à ce qu'une voix facilement reconnaissable s'élève. Bizarrement, lorsque l'on n'aime pas quelqu'un, on se met à détester tout ce qu'il possède et fait. C'était le cas pour Virgil, aux yeux de Tanatos. Elle détestait son air nonchalant, l'odeur d'alcool qui l'accompagnait en permanence avec cette odeur de tabac qui semblait lui coller à la peau. Elle détestait sa façon de se déplacer, sa façon de boire, sa façon de rester assis ici, et sa façon de parler.

Elle serra les dents en entendant son langage vulgaire, et soupira lorsque la suite lui parvint. La question finale, le "Que dirais-tu de te dégourdir un peu les jambes ?" la fit se retourner immédiatement pour fixer intensément le dos du poète. Quelque chose n'allait pas, il manigançait réellement quelque chose... Mais quoi ? Malheureusement, elle n'avait jamais compris ses pouvoirs, tant ils étaient variés lorsqu'elle avait pu en apercevoir des exemples. Il déclamait toujours un poème, de qualité variable, et la réalité semblait se plier à cette incantation. Et ce qu'elle entendait n'était pas bon du tout, si tant est qu'elle avait deviné le fonctionnement de son pouvoir.
En effet, après quelques délicieuses secondes de calme avant la tempête, la Faucheuse agrandie commença de se mouvoir... Pour tenter de tuer Virgil. Telle mère, telle fille ? J'y ai déjà pensé, mais ça ne marche pas, ici, malheureusement, se dit-elle en soupirant.

La suite fut moins à sa convenance, notamment lorsque la faux détruisit des tombes en ratant sa cible. Elle avait le droit de vouloir écraser cet homme minable, mais profaner ainsi des tombes ? Sûrement pas ! Mais que pouvait-elle faire, elle qui était si frêle et que l'on prenait parfois pour une enfant, face à ce monstre de pierre ? Le créateur de cette abomination devait bien avoir un moyen de l'arrêter, non ? Au moins une piste ?
Hors d'elle, Tanatos s'avança à pas rapides en haussant la voix pour s'adresser au prétendu Guide des enfers : "VIRGIL ! Tu es un raté." En quelques enjambées de plus, elle l'attrapa fermement par le col, le regardant droit dans les yeux de manière furieuse, bien que son crâne lisse ne pouvait retranscrire ses émotions, ne se souciant presque plus du carnage causé par la statue vivante et se contentant de déverser sa colère sur le principal responsable de cette situation désastreuse, laissant s'échapper des années de critiques à voix basse et de reproches marmonnés. "Poète ? Guide ? Conteur ? Tu n'écris plus rien ! Tu n'as jamais guidé personne ! Tu ne parles que pour demander de la boisson ou une femme !". L'espace d'un instant, elle prit une inspiration, assez longtemps pour se souvenir qu'il n'était malheureusement que le cadet de ses soucis pour le moment. Elle eût juste le temps de le pousser hors du trajet de la faux factice mais dangereuse et de s'écarter à son tour, bien qu'elle n'était apparemment pas la cible principale de la Faucheuse de pierre.

Face à cette menace directe sur son territoire, elle était impuissante, et l'admettre n'était pas aisé. Mais que pouvait-elle faire, de toute façon ? Son pouvoir de décomposition n'était guère utile à un tel moment. Espérer effrayer une statue impitoyable en se transformant en squelette sur pattes défiait l'innocence même, il ne restait donc qu'un seul espoir, en la personne d'un homme qu'elle avait toujours vu comme un être désabusé, juste bon à s'emplir le gosier d'alcool et à se vider dans les femmes de la Luxure... Son regard exaspéré se posa sur l'intéressé.
Il fallait réfléchir. Par chance, ces années à rôder dans cet endroit avait permis à la jeune fille de le connaître comme le dos de sa main. Elle tira de toutes ses forces la manche de son compagnon d'infortune pour le guider derrière l'entrée d'un tombeau souterrain. C'était un petit édifice, mais il était assez haut pour offrir de la place pour se cacher du regard inquisiteur de la statue déchaînée. "Tu dois l'arrêter." finit-elle par dire, en insistant lourdement sur le "dois", le ton lourd de reproches. Le laissant à ses réflexions, elle se désintéressa de lui, et se retourna pour suivre du regard l'avancée effroyable de ce golem de pierre. Foutue statue. Foutue nuit. Foutu poète.





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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Mar 20 Mai - 0:06



« Gallicism with Death »


Plus encore que cette nuit, la Mort était belle. Drapée dans son voile de ténèbres, elle avait cette fureur, cette colère, cet instinct meurtrier que l'ancien Thanatos pouvait avoir lorsqu'il marchait sur le cadavre des Hommes, durant ses expéditions funèbres dans le monde des vivants. Sa faux, tout de pierre qu'elle était, possédait cet éclat acerbe et perfide de la lame du Faucheur qu'il avait pus connaître il y a bien longtemps. Dans sa création, il retrouvait l'essence du vieux, celui qui était venus le chercher, il y a environ deux milles ans, deux cent siècles, maintenant. L'image, le souvenir, de ce visage psychorigide était sans doute venus hanter les pensées du Conteur lorsqu'il déclamait ses vers, face à la statue mortuaire. Et ainsi, sa magie opérant, avait offert, à sa création, ce sadisme, cette furie, qui lui était propre. Dans ses fibres, la poésie avait insuffler une folie psychotique tel que pouvait pouvait avoir la Mort ayant précédé la Mort, le Thanatos ayant précédé Tanatos. A moins que ce ne soit là le résultat de son esprit faible, torturé et meurtris par les effets ravageurs des alcools et des drogues quotidiennes. Après tout, ses poèmes n'avaient plus les qualités d'avant. Où était donc les Bucoliques ? Aujourd'hui ne demeurait que l'alcoolique. Un alcoolique qui, bien qu'elle essayait de le tuer, trouvait la Mort de pierre magnifique. Les pierres tombales volaient en éclat, alors qu'il sentait le souffle puissant de la faux sur son corps. Il esquivait de peu, et sa survie ne tenait qu'à la lenteur de sa création ratée. Ses articulations et ses muscles, de marbre et de fer, lui interdisait toute vitesse. En revanche, sa force brute était... effrayante. C'était un générateur de destruction auquel il avait donné vie, un semeur de chaos. Et là où quiconque aurait pris peur, là où quiconque aurait fuis, Virgil restait face à sa création, la contemplant avec une pointe d'admiration. La fierté disparut renaissait, à la manière d'un phénix s'élevant de ses cendres. Elle se retournait contre lui, elle cherchait à le tuer, il s'esquivait. Mais au final, était-il réellement contraint de fuir les assauts de cet abomination ? Comment pourrait-elle le tuer, lui qui était déjà mort ? Il n'y aurait que douleur, cris, souffrance, inconscience peut-être, mais rien de plus. Rien de ce qu'il n'avait pas déjà connus. Aussi belle faucheuse qu'elle était, elle ne pourrait jamais abattre une vie d'éternité, une vie éternelle.

La pointe de la faux se plante dans la terre, loupant à nouveau de peu le Guide des Enfers. Et lorsque la statue retire son arme de cette prison de glaise, elle laboure le sol, retournant tombe, squelette, cercueil. Le spectacle est désolant. Le cimetière est ravagé davantage à chaque mouvement de la créature, détruit à chaque coup de faux qu'elle donne, ou essaye de donner. Le lieu, pourtant si propre, si calme, presque pieux au final, devient alors un magnifique tableau apocalyptique que les plus grands artistes n'auraient jamais pus peindre, jamais pus songer. Les Quatre Cavalier ne pourrait pas même donner un tel résultat ! Et elle, juste cette statue, pouvait engendrer une telle discorde, un tel chaos. Mais l'origine véritable de ce chaos, c'était lui. Le Poète. Le Guide. Le Conteur. Virgil. Ah, si Tanatos pouvait voir les ravages que subit son territoire, elle chercherait à le tuer tout autant que le golem cherchait à le tuer. "VIRGIL ! Tu es un raté !". Ah, était-elle là, finalement, la fière héritière de Thanatos ? Se tournant vers l'origine de cette éclat de voix, les yeux d'onyx de Virgil perçoivent un mouvement d'ombre dans la nuit. Une ombre s'approchant rapidement de lui, à grands pas, et pourtant sans un bruit. Lui, un raté ? Voyons, lui avait-il donc fallu tout ce temps pour le comprendre ? Il était un raté, un moins que rien, une raclure, un déchet, et pourtant... La poigne de la mort attrape alors son col, tandis que les pupilles légèrement dilatés du Conteur se perdent dans les orbites vides de Tanatos. Aucun moyen de lire la moindre émotion sur le visage squelettique de la faucheuse, et pourtant, il y avait, dans l'air, indéniablement, de la colère. Rester cependant là, à s'assassiner du regard, n'était certainement pas l'idée du siècle. Pas avec le géant éveillé qui n'en avait pas finis avec ses élans de rage. Et pourtant, la seule pensée de Virgil à cet instant fût le visage de Tanatos. Celui que personne n'avait jamais vus. Elle était si moche que ça ? Cela serait étonnant de Lucifer. Le charme de son visage devait n'avoir d'égal que l'aspect nacré de son crâne. Et c'est ainsi qu'un sourire en coin vient taillader les lèvres du Conteur.

L'heure ne semblait pourtant ne pas être aux sourires pour les deux généraux du diable. En tout cas, Tanatos ne semblait pas d'être d'humeur pour cela. Pour des raisons évidentes et compréhensible d'ailleurs. Elle laissait encore exprimé sa hargne contre le Guide. Les paroles de la Mort s'inscrivait alors dans un coin embrumé de sa mémoire. Il ne demandait que boisson et femme ? C'était sa façon de profiter de son éternité, croquer dans ces deux fruits immoraux et pourtant si goûteux. C'était sa façon de profiter de son éternité, plutôt que de la passer à camoufler son visage, et à pleurer sur le sort de pauvre êtres humains vicieux et mauvais par nature. Il ne guidait personne ? Sans doute justement car les Hommes, damnés qu'ils étaient et qu'ils sont, ne méritaient, et ne mérite, en aucun cas d'être guidé. Quant à ses écrits... Ses lèvres s'entrouvraient, comme pour répondre aux reproches de la jeune femme. Mais il n'en eut pas le temps. Pas l'opportunité. Elle le repoussait, alors que la faux se planter à nouveau dans le sol. Gardant l'équilibre par quelques miracles, il chercha un instant Tanatos des yeux. Par chance, elle aussi, avait esquivé le nouvel assaut du Golem de Mort.

Ce jeu ne pouvait durer éternellement, ni même bien longtemps. Virgil en avait pleinement conscience. Le sort du cimetière, encore, l'importait peu. Il n'en avait rien à foutre. Ce n'était que des tombes, des morceaux de pierres, sous lesquelles reposaient os, squelettes, cadavres, et autres corps en décomposition. Voir sa création ruiner ces lieux le laissait de marbre. Mais si elle venait à gagner le cœur des Enfer, les dégâts seraient tout autre. Oui, ce serait vraiment la merde. La profonde, la bien odorante, la véritable merde. D'autant plus si elle s'en prenait au quartier de l'Envie. Et au bar d'Adam. Non, ça, il ne pouvait le permettre, en aucun cas. Alors, entre l'ivresse et la sobriété, le Conteur pris une légère inspiration, fermant les yeux un instant, comme pour rassembler ses vers. Se dressant face à la Mort, levant à nouveau son arme, il ouvrit les lèvres, comme pour prononcer un nouveau poème qui, par sa beauté perdu, allait le torturer. Entre le chaos et les ravages, il serait cependant certainement le seul à entendre tel laideur, tel simplicité. Ainsi, sa honte, son désespoir, son dégoût, sera modéré. Mais tout de même présent, là, dans un coin de son cœur, de sa tête, de son âme...

Feu de destruction, flamme de désolation,
En magnifique sphère solaire, Ô toi puissant dragon
Autour de lui, la chaleur commençait à grimper. Peut-être même quelques flammes commençaient t-elles à tourbillonner devant lui, entre son torse et l'ossature de fer et de roche du golem. Si il ne pouvait le contrôler, si il ne pouvait la faire obéir, alors il la détruirait, cette création. Après tout, Dieu avait bien noyé l'humanité sous un pluie diluvienne, pourquoi ne pourrait-il pas faire exploser la statue qu'il a rendus vivante? Le seul hic, c'est qu'il fût interrompus. Tanatos, agrippant la manche de son manteau de jais, l'attirait loin du monstre, dans les profondeurs d'un tombeau souterrain, brisant alors le sort qu'il voulait jeter. Cacher du regard de la Mort, tapis dans la noirceur d'un tombeau, Virgil se mit à penser que c'était sans doute la première fois qu'il était aussi proche de Tanatos. Sa réaction? Absolument aucune. En revanche, cette proximité ne semblait pas être réconfortante pour la faucheuse. C'est en tout cas ce que laissait deviner le ton lourd, stricte, presque militaire même, de ses paroles. Virgil esquissa un léger sourire du coin des lèvres, et murmura le plus nonchalamment du monde : « Ne me dit pas ce que j'ai à faire, crâne d'os. » Il lui semblait que chaque pas du titan faisait trembler la terre, autant qu'il lui semblait que les tremblements étaient de plus en plus fort. Il en déduisait donc que la créature se rapprochait de plus en plus. Ainsi, il tira des poches de sa veste un paquet de clope et son briquet, posant sur ses lèvres un bâton de nicotine : « Je suppose que tu vas vouloir que je remette tout à neuf, pas vrai? ». Les flammes de son briquet brûle l'extrémité de sa cigarette, Virgil inspire pour laisser le tabac envahir ses poumons. La faux de la Mort se lève, et s'abat, comme si elle avait deviné leurs positions. Cette fois, c'est alors au Conteur de sauver la peau de Tanatos, passant son bras autour de sa taille, et l’entraînant plus profondément dans le souterrain. Le capharnaüm provoqué par l'imposant instrument de mort heurtant la terre couvre les paroles du poète. Sa magie opère, et voilà que les deux Slenders se retrouve emmuré dans le tombeau. Virgil toque contre le béton, jugeant de la robustesse de sa création. Elle ne tiendrait pas longtemps. Pas face à la force brute du Golem.

Une cigarette entre les lèvres, le brun se tourne vers la Mort, la vraie, sortant de sa poche son téléphone port able et une paire d'oreillette toujours fourré dans un coin de son manteau. Curieusement, il tends les deux objets à Tanatos, paume ouverte : « Je veux bien tenter un truc, mais il vas falloir que tu fasses un effort, crâneuse ». Ah, Virgil est les jeux de mots à la con! C'est sans doute là ce qui reste de sa fibre poétique, les derniers vestiges de son art. N'attendant finalement pas que sa collègue prenne le portable de ces mains, il le plaque contre la poitrine de celle-ci, d'un air totalement désintéresse. Pour une fois qu'il ne pose pas sa main là pour peloter quelques formes harmonieuses! « Je veux que tu colles ça dans tes oreilles. Et pour ça, il vas falloir que tu laisse émerger ton doux minois, mademoiselle. » Demande singulière, certes, mais il ne la laisserait pas entendre ses vers, ses poésies, ses poèmes, ses incantations. Depuis des siècles qu'il les dissimulait aux oreilles et aux yeux d'autrui, il n'allait pas les clamer aujourd'hui à haute voix face à la Mort. Même si c'était le seul moyen de sauver sa peau, et celle de Tanatos.

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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Dim 25 Mai - 21:36





Let's kill tonight.


Préoccupée par le sort des sépultures ravagées, encore en partie aveuglée par la colère qui l'emplissait, Tanatos ne savait plus quoi faire ou quoi penser. Son temps de réaction s'agrandissait drastiquement et ses pensées s'embrouillaient et s'emmêlaient, ne brassant que des suggestions stupides. Par chance, la Création furieuse ne pouvait pas se mouvoir avec l'aisance et la vitesse de l'Être qu'elle représentait. Lente, la faux factice en pierre n'en restait pas moins létale, si tant est que quelque chose puisse être létal au fin fond des Enfers : tout au plus, elle risquait d'entendre un gros craquement, avant de se réveiller, assaillie par une terrible céphalée qui finirait aussi par disparaître. Qu'est-ce qu'elle craignait tant, alors ? Sûrement la vue de ces sépultures brisées, volant en éclat, qui en disaient long sur les représailles à venir si cela venait à se savoir. Et comment étouffer une chose pareille ?
En arrêtant ce désastre rapidement, tout pouvait s'arranger. Mais il y avait un problème, un problème de taille : elle allait devoir laisser Virgil faire. Le seul être compétent du coin, et paradoxalement la personne la plus incompétente sur laquelle elle avait jamais posé ses yeux. Mais le moment n'était pas vraiment ésigné pour se perdre dans ses pensées, bien au contraire, et la douce voix si détestable du Poète était là pour le rappeler à la Mort. Crâne d'os, hein ? pensa-t-elle en haussant les épaules. On ne pouvait bien évidemment pas demander à quelqu'un manquant tant de subtilité de comprendre les raisons de ce camouflage macabre.

Virgil semblait d'ailleurs ne pas juger la colère que portait la Faucheuse à son égard assez grande et viscérale, puisqu'il en profita pour allumer une cigarette. L'odeur du tabac ne la gênait pas, en général, elle devait même admettre avoir apprécié beaucoup d'humains qui fumaient, mais elle n'arrivait pas à trouver quoi que ce soit d'agréable à ses effluves de nicotine, surtout à un tel moment, même si elle se retint de faire un autre commentaire désobligeant.
Elle réfléchit un instant, se demandant si elle pouvait laisser à ce raté la lourde responsabilité de réparer le cimetière, l'imaginant déjà utiliser ses pouvoirs et engendrer un autre cataclysme mais elle ne put formuler aucune réponse, une autre attaque de la Faucheuse de pierre l'interrompant comme lorsqu'elle avait interrompu le Guide en le tirant. C'était d'ailleurs à son tour de la tirer hors de portée de cette catastrophe ambulante. Ne pouvant plus penser à rien sur le moment, Tanatos se cantonait à faire des constats simples de ce qu'elle vivait. La fermeté de la prise qu'avait Virgil sur elle, témoignant de son manque de considération pour elle. La lumière de la lune, faible, qui éclairait le cimetière, et dans laquelle se découpait la silhouette majestueuse de la statue. Elle arrivait presque à comprendre pourquoi son sauveur du moment avait tourné autour tout à l'heure pour la contempler - ce Golem de pierre n'avait décidément rien en commun avec elle.

Tout devint bruit, tremblements et grondement furieux, jusqu'à ce que le silence du tombeau scellé l'emporte. Me voilà maintenant enfermée ici avec... lui ? Heureusement que l'on peut toujours trouver de quoi se réjouir dans son malheur ! Comme la fragilité de ce bâtiment face au Golem, où le fait que le fautif semblait avoir enfin une idée pour agir, comme le montrait le portable et les oreillettes qu'il lui fourra dans les mains sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit, en profitant pour gratifier le tout d'un jeu de mot plus que douteux, mais qu'elle ne jugea pas nécessaire de commenter. Ils avaient déjà assez de problèmes comme ça, elle ne pouvait pas se permettre de refaire son éducation pour le moment.
Elle hocha la tête pour signifier qu'elle avait compris ce qu'il attendait d'elle, déchantant très vite lorsqu'elle compris - et qu'il souligna - qu'elle avait besoin de son visage pour l'aider et sauver leur peau. Parfait. Il ne manquait plus que ça, maugréa-t-elle mentalement. Dire qu'elle était réticente s'approchait de l'euphémisme, mais que pouvait-elle faire d'autre ? Il allait falloir, à son plus grand désarroi, faire confiance à Virgil. Avant de faire quoi que ce soit, elle planta ses orbites sombres dans le regard rubis de son interlocuteur. "D'accord, je vais le faire. Mais sache une chose : tu me dois...", commença-t-elle avant de marquer une prétendue pause, exagérée, pour reprendre, plus déterminée que jamais : "Deux faveurs. Et je les veux. Je te poursuivrait jusqu'à ce que Lucifer m'efface complètement de ce monde maudit s'il le faut.". La Mort n'était clairement pas en mesure de négocier, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Ce qu'elle s'apprêtait à faire était exceptionnel, à vrai dire. Seuls Thanatos et le susnommé Lucifer avaient pu voir son visage, deux personnes qu'elle respectait plus que tout. Il fallait admettre que le poète ne collait pas vraiment à ce profil, et c'est pourquoi elle ne comptait pas une seule seconde recomposer entièrement son visage.

Tout d'abord, elle recula d'un pas, peut être par réflexe, comme l'expression involontaire d'un évident manque d'envie. Puis elle remit sa capuche en place, s'assurant de couvrir la partie supérieure de son visage, et se retourna à moitié. Malgré ces précautions, seulement la chair de la moitié inférieure de son visage se reconstitua, petit à petit. Son envie de se retourner venait aussi du manque de charme du procédé : les fibres des muscles réapparurent et se tissèrent autour de ses dents brillantes et sur le bas de ses joues, jusqu'à ses oreilles, avant de laisser la peau, presque aussi pâle que son crâne luisant, reprendre sa place, glissant lentement, reconstruisant cette face si souvent ravagée. On pourrait penser que ce n'était que de simples joues pâles et des lèvres charnues et fines, à peine plus rosées que la blancheur de sa carnation, mais c'était déjà un effort énorme pour Tanatos. Oh, elle savait parfaitement qu'elle devait avoir l'air encore plus monstrueuse que d'habitude, avec un visage qui semblait à moitié écorché, mais elle ne montrerait jamais son visage entier.
Surtout en face de Virgil, cet homme si méprisable qui n'était jamais en reste pour juger et accompagner ses pensées désagréables - dites à voix haute - d'une touche d'humour horripilante. Depuis le début de cette soirée, elle n'avait fait qu'un portait terriblement péjoratif de lui, et elle ne comptait pas s'arrêter là, bien qu'elle se savait un peu trop hâtive dans son jugement négatif. Selon Thanatos, il n'avait pas toujours été la loque qui se pavanait devant elle en cet instant. Elle avait même réussi à trouver et lire des bribes de ses anciens écrits, datant d'avant sa mort. Bien qu'elle ne voudra jamais l'avouer à personne, même pour sauver sa peau, elle avait apprécié lire ces témoignages d'une vie probablement bien plus heureuse que celle que son auteur connaissait maintenant. Ne croyez pas pour autant qu'elle allait réviser sa vision étriquée de lui, il était absurde, presque criminel, à ses yeux, de se détourner ainsi du droit chemin et de son devoir.

Gênée, à moitié reconstituée et ne sachant pas quoi faire, elle mit les oreillettes tendues tout à l'heure, tenant fermement le portable, et se remit face au fauteur de trouble incorrigible qu'était son seul espoir du moment, attendant ses instructions, sentant les tremblements caractéristiques du Golem colérique s'intensifier. La statue n'allait certainement pas tarder à faire voler en morceaux les murs du tombeau.






[ Je m'excuse pour le retard, j'ai eu quelques imprévus nommés Chat Malade, Devoirs et l'incontournable Semaine chargée, ce petit galopin ! ]
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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Lun 26 Mai - 0:39



« Destroy, Fire, Death »



Dans son regard, étrange alchimie d'onyx et de braise incandescente, se lisait le sérieux, un sérieux proche de la sévérité. Sa main posé contre Tanatos, son téléphone portable entre sa paume et le corps de la faucheuse, il ne lui laissait aucune alternative de choix. Il n'y avait qu'une condition pour que le conteur répare, à nouveau, ses conneries... La mort devait accepter de laisser voir son visage, qu'elle le reconstitue, cesse de se cacher derrière ce crâne morbide. Ce masque d'os qu'elle arborait pour dissimuler la véritable nature de son visage, par gêne, par timidité... Comme une gamine de quatre ans se cachant dans les jupons de sa mère. Virgil devinait sa réticence, tout comme elle devait deviner qu'il ne lui laissait pas entrevoir de nombreuses solutions Montrer son vraie visage, ou regarder le cimetière se faire ravager par un titan de ferraille et de marbre. Un fin sourire soulevant le coin de ses lèvres, le guide connaissait d'avance la nature du choix de la faucheuse. Qu'est ce qu'elle ne ferait pas pour ce potager d'ossements et de chair putréfié? Un instant, leurs regards, aussi sombre sont-ils, se croisent. Deux faveurs. Selon la faucheuse, cet alcoolique lui devait deux faveurs. Comme des dettes à payer, des dettes auxquelles elles tenaient particulièrement. Le poursuivre jusqu'à ce que Lucifer l'efface. C'est ce qu'elle avait dit, c'est jusque là qu'elle était capable d'aller pour le forcer à payer ces dettes, lui rendre ces faveurs. Le sourire de Virgil s'élargit, un léger rire parle d'ailleurs d'entre ses lèvres, résonnant entre les parois de cette cavité où ils étaient tout les deux enfermés. Il en aurait presque manqué de faire tomber sa clope! Deux faveurs. Jusqu'à ce que Lucifer ne l'efface. La bonne blague. « T'inquiète ma belle. Je te promet de pas te faire payer le jour où tu voudras que je te bai... ». Elle ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase. Elle c'était déjà reculé alors que lui tirait une nouvelle fois sur sa cigarette. Son capuchon posait sur ses cheveux, masquant la partie haute de son visage, elle commençait à régénérer la peau de son visage. Avec même toute l'ironie du monde, le conteur ne pouvait pas dire que c'est un joli spectacle à voir. Et pourtant, il en avait vus, des trucs dégueulasses.

Au final, il préférait encore avoir ce crâne d'un blanc nacré en face de lui, plutôt que ce visage décharné, à moitié reconstitué, à mi-chemin entre le visage d'un vivant, et celui d'un squelette. Un visage cadavérique, dans le sens premier du terme. Une bien belle tronche de macchabée. Romero et ces zombies pouvaient bien aller voir ailleurs. Cette série américaine avec cette Armada de mort-vivant pouvait se rhabiller aussi. Les films d'épouvantes à deux balles, les maquillages d'halloween à la noix. Là, il y avait de quoi faire chier Carpenter dans son caleçon. C'était horrible, tout simplement. Et quant à Virgil? Il tirait à nouveau sur sa clope, laissant la cendre tomber entre lui et elle. Visiblement, il n'en verrait pas plus, de son véritable visage. Il devrait se contenter de ce visage à moitié déchiqueté. Haussant les épaules, il se dit alors que ça fera l'affaire... Du moment qu'il ne retrouve pas des morceaux de cartilages ou de peau sur ses oreillettes quand il les récupèrerait! Elle de nouveau face à elle, toujours avec cette capuche masquant une partie de son visage. Entre ses mains, le téléphone du conteur. « Je veux entendre la batterie à travers ses oreillettes. Hors de question que t'entende mes vers. ». Lui arrachant l'appareil des mains, il farfouille un instant dans ses applications après avoir allumé l'écran, et entré son mot de passe. Des fractions de seconde s'écoulent, alors que Virgil prends son temps, choisissant quelle musique il pourrait bien faire glisser entre les oreilles de la faucheuse. Un sourire en coin, alors qu'une secousse indique que la Mort de Pierre est proche, toute proche. Il appuis sur l'écran tactile, alors que la faux de pierre, se fracassant contre le murs de béton, fait exploser le dernier rempart entre le créateur et sa créature. Un fracas couvert par la musique glissant le long du câble, et s'échouant dans les tympans de la cueilleuse d'âme.




Lançant, sans grand ménagement, le téléphone portable à Tanatos, dont les yeux quittent alors une seconde le corps du conteur, Virgil murmure en hâte, un court poème, pas même une strophe complète, et disparaît alors avant que la faucheuse aie le temps de reposer le regard sur lui. Là à l'instant, plus là l'instant suivant. Téléportation? Vitesse prodigieuse? En magicien qu'il est par son pouvoir, le conteur ne comptait pas révéler le secret de ses tours. Bien qu'il ne convienne pas de parler de magie, mais plutôt de... sorcellerie. Entre le golem et Tanatos à l'instant, et désormais assis sur une pierre tombale, sifflotant au rythme de la chanson que devait entendre la Mort à travers ses oreillettes, comme coupé des sonorités du monde extérieur par ces bouchons à musique, et la bonne volonté du guide. La statue vivante se retourne alors, sentant la présence de son maître ailleurs, dans son dos, se pavanant, la cigarette entre les lèvres, et chantant les paroles de cette maudite chanson comme une ultime provocation. « Almost everything could be forgotten / Right thoughts, right words, right action ». La lenteur extrême de sa création le surprends alors lui même, qui commence même à avoir pitié de ce monstre de rage et de destruction. Certes, il avait quelque chose de magnifique, un pouvoir de chaos qu'il admirait. Mais honnêtement... sa lenteur lui donnait des airs d'obèse essoufflé, une lourdeur gauche, quelque chose de terriblement... pathétique. « But how can we leave you / To a Saturday night or a Sunday morning / Good morning ». La faux se lève, s'abat, et manque sa cible, Virgil évitant à nouveau le coup de justesse. Vraiment, défier ce colosse, au final, s'avérait un tant soit peu ennuyant, lorsque l'on y mettait une part de sérieux. Mais au fond de son trou, il devinait Tanatos lui adressant un regard sévère, alors qu'elle le verrait, encore, à nouveau, en train de jouer dans son cimetière, avec cette aberration. Virgil soupire, Virgil fait tomber sa cigarette. Volontairement. Et l'écrase de la semelle de ses doc marteens. La Mort de Fer se dresse, le toise, s'avance, alors qu'il inspire, et murmure.

En punition de cette colère ardente,
La mort fige ton ossature discordante,
La vie s'échappe, la vie t'es interdite,
Reprends ton originel forme, statue maudite.

Le conteur en vomirait presque. Prononcer de tel vers fait gémir ses oreilles. Si auditoire il y avait, il en aurait des haut-le-cœur. Qui plus est lorsque son sort ne se trouve avoir aucun effet. A moins que celui-ci soit long à se manifester, de part une quelconque difficulté qu'il y avait à rendre immobile ce qui ne l'est plus. Virgil attends, il patiente, ne bouge pas d'un pouce lorsque la mort lève sa faux... et décide tout de même de faire un bond en arrière lorsqu'elle ne s'arrête pas dans sa course, une course qui lui aurait broyé crâne et os. « C'est quoi ce bordel? ». Surpris, presque hagard, il regarde la statue se mouvoir à nouveau, et son sort n'avoir aucun effet sur sa créature. L'avait-il, accidentellement, immunisé de ses sortilèges? Si c'était le cas, il était dans le merde. Ils étaient dans la merde. Enfin, à moins que...

Feu de destruction, flamme de désolation,
En magnifique sphère solaire, Ô toi puissant dragon,
Réduit en cendre cette abomination,
Laisse sur ce marbre la marque de la destruction!

Droit, face à sa création, la température de l'air s'élève au fil des vers, des étincelles se créant autour de lui dans le cimetière. Entre le conteur et la Mort se crée alors une boule de feu, à un peu moins d'un mètre du torse de Virgil qui sent la chaleur brûler son corps à travers son manteau, son t-shirt. Pourtant, il semble satisfait. Pendant un instant, il croyait bien avoir perdus ses pouvoirs. Ce petit soleil prêt à exploser affirmait le contraire, ne serait-ce que par sa présence. Un petit soleil se fracassant contre le corps de la statue, créant une explosion projetant le conteur en arrière. Les Enfers tremblaient par le souffle de cette détonation. Comme une bombe explosant contre la pierre, le fer, contre cette statue éclatant en centaine de fragment de taille variante, des dépris retombants de part et d'autre du cimetière, finissant alors de le dévaster. Le visage noircis, le jean troué, le corps engourdis, un genou ensanglanté. Virgil se relève non sans difficulté. Il titube, et parvient à maintenir son équilibre seul, comme grand. Un léger sifflement persistant dans ses oreilles, la vue troubler par des flammes naissant de part et d'autre du cimetière, il contemplait un instant ce paysage dévasté qui s'offrait à lui. Tout était.. apocalyptique. Et dans le firmament, le soleil commençait, timidement à faire voir ses premiers rayons, aussi fugace soit-il. « Fais chier... ».




To a Saturday night or a Sunday morning
GOOD MORNING


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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Mer 11 Juin - 12:21






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Encore gênée par la nudité partielle de son visage à moitié reconstruit, Tanatos ne savait plus quoi penser, ou même quoi faire. Elle ne comprit l'utilité des oreillettes de Virgil dans son plan que lorsqu'il exprima son refus de lui laisser entendre ses vers. Elle se contenta de hausser les épaules en marmonnant quelque chose proche de "Et après, c'est moi la timide qui se cache... " et ne discuta pas plus, attendant patiemment que la Princesse fasse enfin son choix et arrange enfin le cataclysme dont il était à l'origine, à peine inquiétée par les tremblements annonciateurs de son alter ego de pierre.

Avec une synchronisation qui semblait parfaite et un sens du timing presque divin, les murs les entourant partirent en éclats, volant dans les airs, brisés aussi facilement que du verre, au moment où la musique commença. La faucheuse ne put s'empêcher de se dire que le Poète était vraiment redoutable, et pouvait facilement semer le chaos s'il le souhaitait. Par chance, les plaisirs des Enfers semblaient assez distrayant pour le détourner de ce chemin destructeur. Pour la première fois, elle fut presque heureuse de le savoir plongé dans ces paradis artificiels, corrompu au point de ne plus faire grand chose.
Ce sentiment presque admiratif et impressionné s'évanouit aussitôt, lorsqu'il disparut de son champ de vision pour réapparaître sur une tombe. Tanatos ne put que grommeler quelque chose à propos du respect du repos des morts, par pure déformation professionnelle, se laissant lentement emportée par la musique. Elle n'écoutait que très peu de la musique et toujours lorsqu'elle observait les humains, ce qui conférait un aspect spécial à la scène qui se déroulait devant ses yeux, presque irréel. Il fallait avouer que... Voir cet incapable détruire indirectement le cimetière puis s'avancer tel David face à Goliath, bien que ce dernier n'ai surement jamais été aussi beau et empoté à la fois, c'était à peine croyable. Le fait qu'il ai accepté de l'aider constituait déjà en soi un miracle à part entière lorsque l'on connaissait le flegme et la paresse habituelle de ce raté pourtant drôlement doué lorsqu'il s'y mettait.

Toutes ces pensées positives pour Virgil ne réussirent pas à éliminer les certitudes implacables que la Mort avait sur son compte. Ils étaient bien loin des contes épiques qui retraçaient l'histoire de héros incroyables et de leur Némésis tout aussi splendide. Cet imbécile n'était qu'un simple antagoniste dans l'histoire bien monotone de sa vie. Le pauvre n'avait même pas le rôle principal du méchant, si l'on réfléchissait bien. Il n'y avait rien qui ne soit vraiment malveillant envers Tanatos, après tout. Le statut de Création de Lucifer devait garantir une certaine protection, personne ne veut casser les jouets d'un être comme lui. Et ce pauvre antagoniste, donc, était par contre bien obligé de casser lui même son propre jouet.
Il ne rechignait pas, mais la si sérieuse Faucheuse le gratifia tout de même d'un regard foudroyant et désapprobateur, comme à son habitude. Personne ne l'avait jamais vu, ce fameux regard, mais il était assez impressionnant lorsqu'il se revêtait de chair, de globes oculaires et de sourcils un tant soit peu plus expressifs que ses orbites lisses.

Perdue dans ses pensées, déconnectée de la réalité ravagée, la jeune Mort ne comprend d'abord par la lueur qu'elle aperçoit. Lueur qui grossit lentement et s'amplifie, devenant si intense qu'elle n'aurait jamais osé la fixer si elle ne manquait pas de rétines à brûler. Il ne fait décidément pas dans la dentelle, soupira-t-elle intérieurement. Frimeur. Le bruit produit par la collision entre la statue et de la boule de feu couvrit même le vacarme assourdissant qui résonnait dans ses oreilles. En quelques secondes, tout était fini. Elle arracha les oreillettes de ses oreilles, décomposant immédiatement son visage et fut frappée par le silence du cimetière. Les seuls bruits audibles étaient le fracas des débris qui retombaient au sol, averse temporaire de ruines.
Elle localisa Virgil en quelques pas, alors qu'il se relevait devant ce paysage apocalyptique. Fascinée par le monde des humains, Tanatos avait déjà vu des œuvres créant un futur ravagé par les hommes eux mêmes, où les rares survivants évoluaient dans des gravas et des vestiges de constructions ; c'était ce que lui évoquait en ce moment l'état du cimetière.

Avançant d'un pas décidé et presque meurtrier, la Mort se rapprocha dangereusement de Virgil pour l'empoigner à nouveau par le col, comme lors de sa première volée d'insultes, mais elle parla cette fois ci avec un ton très calme et neutre. "Tu me répares tout ça. De suite. Avant que quelqu'un ne remarque qu'il y a une légère différence dans la disposition du cimetière", prononça-t-elle de manière presque monotone, en n'accentuant que le "légère", marque de sa colère encore présente mais maîtrisée maintenant que la situation était presque gérée.
Elle le lâcha et réfléchit un instant. Le Maître des lieux ne le remarquerait surement pas, personne ne l'avait plus vu depuis des lustres, mais ce n'était peut être pas la seule personne qui s'énerverait. Si jamais quelqu'un voulait voir une des tombes détruites ? Par chance, les visites étaient assez rares dans ce lieu macabre et ce fut surtout la partie la plus ancienne qui était détruite (il est rare que l'on vienne voir sa tombe après 2 siècles à pourrir ici), mais Tanatos ne croyait plus vraiment en la chance après un incident pareil.

Elle se décida enfin à lui rendre son portable ainsi que ses écouteurs et recula un peu pour s'asseoir par terre, les bras croisés et fixant le futur Bob le Bricoleur du cimetière, se demandant comment il allait s'arranger pour réparer tout ceci. "Première faveur : une fois que ces foutues sépultures sont remises en place et en un seul morceau... Tu écoutes mon sermon jusqu'au bout." commença-t-elle, avant de rajouter rapidement un "Pas de mais !" pour écarter toute tentative de discussion, et s'enferma dans ses réflexions qui réfléchir à ce qu'elle pourrait dire pour le gronder de manière durable. Elle ne voulait pas forcément le chasser du cimetière, tout le monde avait le droit d'y accéder, mais arrêter ses expériences stupides serait déjà un très bon début. Pas sûre qu'il l'écoute, malheureusement... Comment forcer quelqu'un qui fait ce qui lui chante depuis des siècles de subitement se plier à vos règles, à vrai dire ?



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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Dim 15 Juin - 18:46



« Fix your mistakes »


Des stèles, par centaine, réduit en amas de pierre difforme. Des pierres tombales, des mausolées, des cryptes, soufflé par l'explosion, fauché par la mort de fer et de pierre. Des cercueils profanés, des cadavres retournaient de terre, des squelettes décharnés, retournés. Une pluie de débris tombant sur le sol souillé du cimetière. Et cette odeur de souffre, et cette odeur de putréfaction, embaumant le cimetière, en un doux parfum mondain. La désolation, dans son manteau le plus somptueux. La désolation, qui viendrait presque même étirer, sur les lèvres du conteur, un fin sourire, le charmer. Sa tête tombant en arrière, ses yeux se perdant dans la fumée qui occultait le ciel, il n'y avait autour de lui que braise, mort, et destruction. Et tout cela était magnifique. Les cendres tombaient du ciel comme des flocons de neiges abandonnés par des cieux brûlé jusqu'aux os. Et le seul point noir à ce tableau, c'était la Mort. La vraie. La demoiselle au crâne apparent. Tanatos. Parce qu'elle viendrait briser ce sentiment de plénitude. Parce qu'elle trainait toujours dans le coin, parce qu'elle n'attendait qu'une chose. Que le terrain soit dégagé, afin de l'accabler tranquillement de reproche, lui faire la morale. Alors malgré la beauté de l'instant, tout cela le faisait chier. Parce qu'il savait pertinemment ce qui allait se passer par la suite. La Mort, la vraie. Son pas était décidé, et sa démarche sévère. Dans son aura, il y avait un brin de colère. Attila serait heureux! Et Virgil serait mort cent fois si ses yeux avaient le pouvoir de l'assassiner. Il aurait brûler sur place, comme sur un bûcher, si jamais le braiser de ses prunelles apparaissait. Il serait transpercé de part en part, si ses yeux étaient des lames. Saignant jusqu'à la dernière goutte. Étouffant jusqu'au dernier souffle. Brûlant jusqu'à ce que sa peau devienne cuir. Seulement, il ne pouvait donner un tel loisir à la Mort. Car dommage pour la belle squelette, il était déjà mort, il était éternel. Il était une catastrophe pour l'éternité.

Combien même soit-il mort ou vivant, rien n'empêche la faucheuse de l'attraper par le col, à nouveau, en le foudroyant de son regard assassin, sans yeux, sans pupilles. Et toujours cette sévérité, cette fermeté, qui émanait d'un corps pourtant si féminin. Oh, en d'autres circonstances, cela n'aurait pas déplus au conteur! Mais en d'autres circonstances seulement... Sa voix était calme, neutre, posé et tranquille. Mais non moins cinglante. Sous des mots ordinaires, elle insultait la moindre facette du personnage qu'il était. Sous un ton naturel, elle l'accablait de reproche. Ce n'était pas la colère dévastatrice et bouillante d'Attila. C'était une fureur glaciale, un givre paralysant le sang dans les artères, donnant au corps une rigidité cadavérique. Était-ce par ce merveilleux procédé, par ce regard, par ce souffle, cette voix, qu'elle donnait aux morts un teint si blême? C'était prodigieux. Elle était cette magicienne prodigieuse qui, d'une part subjugué le poète, et d'une autre, lui donnait envie de rire. Tout cela était... sublime. Et voilà qu'il commençait à se nourrir de cette discorde qui l'entourait, de cette discorde qui émanait de chaque pores de cette peau recouverte d'un voile noir funeste. Mais sur son visage, rien ne paraissait. Peut-être le feu de ses yeux de flammes et de ténèbres était-il plus vif, mais il n'y avait rien d'autre, sur son visage, trahissant ses émotions, ses ressentiments. Leurs regards se soutiennent, comme absorbant les ténèbres de l'autre dans ses propres ténèbres. Et Virgil ne dit pas un mot. Virgil reste muet. Alors qu'elle lui ordonne de tout réparer, de reconstruire ce cimetière comme il était au début de la nuit. Avant que le géant de marbre et de ferraille ne s'éveille. Avant qu'il n'offre le mouvement à cette abomination. Et la tâche ne serait pas aisé. Elle lâche son col, le libérant de cette emprise. Et lui, soupire.

Rapidement, elle lui rends son téléphone portable, et se recule pour s'asseoir, par terre, croisant les bras, avec toujours, cette sévérité qui se dégageait de son aura. Une sévérité qui marquerait son visage si seulement elle laissait le monde le voir. Virgil reste droit, debout, son regard suivant ses mouvements. Et il lève les yeux au ciel quand elle lui fait part de sa première requête. L'écouter lui faire la morale, sérieusement? Il entrouvrait à peine les lèvres qu'elle le coupait net. Putain, mais c'était lui qui faisait la morale, c'était son boulot! Enfin... c'était une partie de son ancien boulot. Les grands discours de morale aux rois, aux princes, aux empereurs, aux peuples mêmes, centurion, soldat, les marchands, les paysans, le bas-peuple, les grouillots... Et voilà qu'il devrait se farcir le sermon de la mort. Fais chier. Il soupire à nouveau, et face au mutisme de Tanatos, laisse son regard glisser sur le paysage qui l'entourait, sur le cimetière dévasté. Il devrait donc réparer tout ça? Et pourquoi diable le ferait-il? Parce que c'est son devoir? Mais n'était-ce pas son devoir de guider les âmes également? Et pourtant, le faisait-il? Non. Alors, pourquoi ne pas tourner les talons, et se barrer, comme il pouvait le faire quand il voit les nouveaux arrivants en enfer franchir la grande porte en masse? Un nouveau soupire, et il se résigne. Décidément, il haïssait les belles nuits. Parce que le ciel gobe les âmes, et que c'est toujours la merde.

Comment c'était-il débrouillé pour redonner à l'endroit sa sinistre splendeur, sa beauté glacial et funeste d'antan... voilà une question que bon nombre d'âme se poserait. Et face à cette question, Virgil, de toute son arrogance, sourirait. Les minutes sont tombés, entrainant avec elles les heures. Il lui fallut du temps, de la réflexion, un brin de magie, et de l'effort physique lorsque la magie ne suffisait pas. Alors il avait fait tomber tout d'abord son long manteau, entravant ses mouvements. Puis ce furent ces Doc's Marteen, qui pesaient trop lourd à son goût au bout de ses jambes. Et ensuite ce t-shirt sombre, qui lui tenait trop chaud face à l'aurore digne d'un bel été. Et c'est donc dans un simple jean noir, presque trop grand pour lui, quelques gouttes de sueur perlant sur son front, qu'il contemple son œuvre. Le cimetière à retrouvait son allure. Mais lui à perdu de son souffle. Virgil est haletant. Légèrement. Car même la magie, utilisé ainsi, en aussi grande quantité, est fatigante. La terre du cimetière est lisse, plate. Les pierres tombales sont droite, fière, dépourvue de la moindre cicatrice de cette bataille, dont le moindre vestige ne demeure plus. La statue même, et de nouveau là, sinistre, avec ce regard d'acier sur les damnés, ce regard austère. De part et d'autre, la ville commence à s'éveiller. Et durant la nuit, le cimetière fut détruit, puis reconstruit. Comme n'ayant aucunement souffert ces dernières heures. Il ne reste alors, comme trace de cet épisode, que les souvenirs des deux Slenders, et le bruit d'une explosion. De la vie de la Mort, de sa mort, et de ces frasques enragés, ne restait plus la moindre preuve.

Ne restait alors que le plus dur à supporter, la tâche la plus douloureuse, et la plus ennuyante, à effectuer. Écouter le sermon de Tanatos. Le conteur attrape son manteau, fouillant dans ses poches pour retrouver une flasque pleine d'une vieux whisky écossais. Une flasque qu'il ouvre, délaissant à nouveau son manteau sur le sol, pour la porter à ses lèvres, et boire deux courtes gorgées. Voilà alors que le délicieux éther coule dans sa gorge, brûlant l'intérieur de son être, tandis qu'il s'assoit face à la faucheuse. Passant son poignet sur son front, pour gommer toute trace de son effort, il pose la flasque entre elle et lui, l'invitant sans un mot à se servir si elle le désir. Voir un crâne boire, voilà qui le rendrait presque curieux d'ailleurs. Enfin... Il prends une légère inspiration, profitant une fraction de seconde d'une légère brise qui vient glisser sur son corps à moitié nu, le rafraîchissant. « Ce n'est pas que ça m'enchante, mais, allons-y pour la première faveur... Tan' » . De longue minute d'ennui semblait alors se profiler devant ses yeux. Comme un horizon plat et monotone. La morale... voilà qui lui donnerait sans doute plus la migraine qu'une demi-douzaine de bouteille de whisky. Sans pour autant lui donner la joie de l'ivresse... damn it!



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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Mar 24 Juin - 15:27






Time's moving on, but the clock reads the same



Lentement, le cimetière retrouvait sa forme originelle, ce qui réconforta Tanatos, heureuse de constater que Virigil avait beau être un incapable, il pouvait rattraper ses conneries nocturnes. Elle observa avec soulagement les tombes se remettre de leur nuit mouvementée, se demandant comment le poète pouvait-il ruiner son quartier autrement que dans le cimetière. L'abattoir, peut être ? Aucune chance, à vrai dire, vu les bouchers qui ne semblaient jamais s'arrêter de travailler, en permanence armés de leurs énormes couteaux et autres hachoirs, couverts de sang. Ils l'avaient toujours effrayée, à vrai dire, avant qu'elle ne se décide à s'approcher timidement et silencieusement, pour découvrir que l'un d'eux était probablement la personne la plus bienveillante de tous les Enfers, et qu'il l'avait toujours enveloppée d'un regard protecteur empreint de tendresse, contrastant encore plus avec les objets de mort qu'il tenait toujours dans le creux de ses mains calleuses.

Il me faut une arme comme ça, au moins pour les gêneurs comme le Poète, fut la pensée qui se formula au fond de son esprit, avant que celui ne rétorque, exaspéré, qu'elle avait une faux, et qu'à défaut de tuer les trublions, elle pouvait au moins les faire taire un moment. Où pouvait bien être sa faux, d'ailleurs ? Avec le tumulte et les dégâts causés par la statue animée, le Mort avait laissé sans surveillance sa faux, la forçant à se relever lentement en se torturant les méninges pour se rappeler de la dernière fois où elle l'avait vue. Son cerveau se rappela d'une invention humaine qui permettait localiser les trousseaux de clés ou un téléphone portable, avec un système de portes clés émetteurs et d'un bippeur, mais Tanatos balaya ses pensées d'un haussement d'épaules légèrement agacé. De quoi aurait elle l'air, elle, si sérieuse, plus droite que le plus borné des comptables, à afficher ainsi quelque chose de si peu professionnel ? Thanatos n'était pas sérieux, mais il était impressionnant. Il avait du charisme, lui... soupira-t-elle intérieurement, en se dirigeant vers l'endroit où elle se tenait avant que le cimetière ne subisse un lifting à base de gargouille aux envies meurtrières. "Pas sérieux" était un gros euphémisme pour décrire l'attitude du vieux, mais la Faucheuse en herbe se refusait d'utiliser des termes plus péjoratifs. Il avait sûrement quelques araignées au plafond, mais c'était le seul ersatz de famille auquel elle avait eût droit, avant qu'il ne soit retiré, probablement par le Boss en chef, définition même du père ingrat, alors elle ne laisserai jamais personne lui manquer de respect.

Ruminant moult pensées toutes plus déprimantes les unes que les autres, la jeune Mort failli rater sa faux, calée au pied d'une des rares tombes qui n'avait rien subi, l'attendant sagement, le métal de la lame luisant doucement aux rayons du soleil levant. Sa propriétaire ne put s'empêcher de jeter un regard foudroyant à son compagnon d'infortune, se demandant s'il ne l'avait pas osé la toucher pour la poser avec minutie dans un endroit plutôt visible. Un commentaire mental désobligeant sur ses bonnes manières inexistantes et sa politesse particulière l'innocenta de ce méfait tandis qu'elle la prit dans sa main droite, lui faisant fendre l'air avec quelques moulinets mécaniques pour s'assurer qu'elle aussi intacte et toujours aussi bien calibrée, comme si elle avait été faite sur mesure. A quoi servait-elle de toute façon ? On l'appelait certes la Faucheuse, mais ce n'était pas un outil indispensable pour récolter les âmes humaines qui s'éteignaient à la surface. Et pourtant, elle avait été comprise dans l'uniforme fourni à son éveil dans ce monde. Sûrement une tradition héritée des croyances humaines... Après tout, on entendait parfois dans le rang des damnés des rumeurs qui disaient que Lucifer était exactement comme on pouvait l'imaginer, bien qu'aucun d'entre eux n'ai jamais dû l'apercevoir.
Une fois rassurée au sujet de sa faux, Tanatos repartit s'asseoir là où elle se tenait quelques minutes plus tôt, l'arme qui faisait trembler tant d'Hommes posée en face d'elle alors qu'elle observait un Virgil maintenant presque entièrement dénudé qui avait presque fini de tout remettre en ordre. Le voir à la tâche était impressionnant et elle failli se promettre de revoir son jugement sur son incapacité... Avant de le voir attraper une flasque argentée.

Le fait que cette flasque fut posée elle la surprit, et se dit que c'était sûrement la curiosité malsaine du Poète qui s'exprimait, sûrement désireux de voir un crâne boire. Ce genre de choses était parfaitement dans ses cordes après tout, même si elle ne l'avait jamais vu partager d'alcool à qui que ce soit. Moyennement enchantée par cette faveur douteuse, la Mort tendit la main pour attraper la flasque et la porter à son visage en reniflant la fragrance doucereuse de ce qui semblait être du whisky. Mais au lieu de prendre une gorgée, elle la reposa juste devant ses jambes croisées en tailleur, confisquant silencieusement ce qui causait la perte de bon nombres de damnés, dont celui qui se tenait devant lui, bien qu'il ne soit pas un damné ordinaire. Il restait un homme, après tout. Immortel, désabusé et porteur d'une mission confiée par le Chef, certes, mais il restait tout de même humain.
Quelques secondes de silence complet s'écoulèrent encore avant qu'elle ne prenne enfin la parole : " Qu'est-ce qui s'est passé, Virgile ?", soupira-t-elle, insistant sur le e disparu du nom du Slender. Passer son temps à nettoyer les tombes et avoir été éduquée au bruit des caquètements incessants de Thanatos lui avait au moins permit d'obtenir un nombre d'informations colossal sur les Damnés descendus avant qu'elle n'entre en service. "Le Vieu... Hm, Thanatos m'a parlé de toi. Je me souviens encore de ma réponse : 'Comment ? Un alcoolique raté, qui passe son temps assis dans un bar ou glissé dans un lit en bonne compagnie, un poète de génie, un intellectuel ?'. Qu'est-ce qui a merdé ? C'est triste de se retrouver en Enfer alors qu'on pense avoir été un mec bien, donc on va aller boire un bon coup et pleurer dans les jupons de je ne sais quelle catin ?". Sa colère et son amertume, ressentis plus tôt dans la nuit à son égard, s'étaient enfin évanouis, ne laissant plus qu'une voix qui parlait doucement, malgré les reproches qu'elle portait. "Crois moi, j'ai vu des gens qui méritaient bien plus que toi de monter là-haut, si tant est qu'il y a un là-haut, et qui sont capables de faire autre chose qu'aller sniffer chez Caliban et picoler chez Adam, tant que quelqu'un est là pour les guider et les aider. Je n'ai pas besoin des heures supplémentaires que je passe à faire ton job. Je vois des ratés, des traîtres, des suicidés, des raclures pour qui j'ai pressé la gâchette avec soulagement, mais même eux ne sont pas aussi misérables que toi. Même moi, je... Je n'ai pas un sort enviable, les rares moments que je surprends du monde des Hommes ne rend que plus désespérant et froid ce foutu endroit et j'admets ne sûrement pas faire parfaitement mon travail, mais j'essaye quand même, et je ne fais pas chier. Je sais que tu ne m'écoutes pas et que te faire la morale ne sers à rien, mais tant pis... J'aurais bien aimé connaître Virgile. Le mec pas assez bien pour autre chose que les Enfers, mais tout de même mieux que Virgil, le raté avec ses 2 grammes en permanence dans le sang."

La Faucheuse se tût enfin. Elle n'avait pas vraiment réfléchi aux mots qu'elle avait prononcé, ayant complètement oublié les tentatives de discours qu'elle avait préparé méticuleusement auparavant, mais le résultat final n'était pas trop décevant ou raté, à ses yeux. Elle n'ignorait pas le fait que tout ceci était tombé dans l'oreille d'un sourd, mais elle avait enfin pu exprimer ce qu'elle ressentait depuis un paquet d'années. De toute façon, depuis le temps, il devait être incurable... Tant pis.


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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Jeu 26 Juin - 22:25



« UPbraid »


Les sermons était une chose que le conteur commençait à connaître. Il en avait donné des centaines, en qualité de sage, de philosophe, du temps de César, de la puissance Romaine, des Dieux de l'Olympe. On lui en avait donné tout autant en Enfers, blâmant son penchant pour la boisson, son attrait pour les excès de violence, son intérêt tout particulier pour les femmes pècheresses et les joies de la luxure, du sexe. Oui, Virgil n'en avait que trop soupé, des recommandations, des règlements de comptes à deux ronds, des longs discours prônant une bonne conduite, ou en tout cas, une conduite plus acceptable que la sienne, que cette vie de débauche et de vice dans laquelle il se complaisait. Le plus dur cependant, était qu'il ne pourrait compter sur l'alcool pour l'épauler durant ce moment, l'aider à surmonter cette épreuve. Sa flasque, remplis encore d'un quart d'un délicieux whisky écossais, venait de lui être confisqué. Par la faucheuse, par Tanatos, alors qu'il lui proposais simplement une gorgée. Garce. Ses yeux de vermeil et d'onyx glissaient sur la douceur argenté de sa flasque, pour se perdre ensuite dans les orbites vides du crâne de la mort. Tout comme elle l'avait tué de son regard à la vue de son cimetière saccagé, il ne manquait un rien pour qu'il ne l'assassine de ses yeux d'ombres et de ténèbres. Des yeux criant au crime. Il venait de se faire voler sa flasque de whisky pour, assurément, toute la durée de ce maudit sermon. Clairement, on pouvait pas faire situation plus naze que celle-ci. Et si la Mort n'avait pas commencé à parler, il se serait pencher, il aurait tendu le bras, pour récupérer son précieux trésor et son liquide ambré.

Levant la tête vers elle, plantant à nouveau ses iris dans les espaces vides de son crâne nacré, il fronçait légèrement les sourcils en l'attendant l'appelait par son prénom. Son véritable prénom. Celui que ses parents lui avait donné à la naissance, il y a plus de deux milles ans de cela. Virgile. Pourquoi avoir rendu ce "e" complétement caduque, au point d'en faire l'apocope? Parce que, comme elle le soulignait, il n'était plus le même homme que le monde avait pus connaître. Il n'était plus ce génie de la philosophie, avec sa morale, ses discours emprunt de boniment, ses réflexions sur les hommes et la vie. Il n'était plus cet auteur aux vers exquis, il n'était plus l'auteur des Bucoliques. Ne restait, de cet être d'antan, que l'amertume, et quelques souvenirs éparses. Il était Virgil, il avait balayé l'homme d'avant, celui paré de cette toge à la blancheur d'un suaire, pour revêtir le costume des ombres que lui offrait Lucifer. Il se souvenait de ce jour, de cette nuit plutôt, où le diable lui avait rendu visite. Arborant la magnificence de ces multiples noms. Lucifer. Le Malin. Méphistophélès. Il se souvient de ce pacte. Le servir, contre une façon nouvelle d'appréhender l'éternité. Devenir un Slender, l'un de ses serviteurs, l'un de ceux qui tenait ce monde entre ses mains. La proposition était alléchante. La promesse de devenir quelqu'un d'autre... de balayer ce qui fût. Alors il avait signé ce pacte, comme un Faust aux grandes aspirations. Il avait obtenu ces pouvoirs, comme un Faust avide de puissance. Et il se complaisait désormais dans le vice, comme un Faust en pleine déchéance.

Ni colère ni animosité dans les paroles de la Faucheuse. Ce qui surprenait presque le Conteur d'ailleurs. Si s'attendait à de fortes réprimandes, à une soufflante dans les règles de l'art. Et pourtant, rien. Rien de tout cela. Oh il y avait tout de même un fond de sermons, mais sa voix était étonnamment douce, calme et sereine. Presque apaisante au final. Elle semblait lui faire part d'une compassion qu'elle réservait d'ordinaire aux humains, aux vivants. Celle qu'elle cueillais dans leurs mondes, pour les mettre dans le vase des Enfers. Pendant instant, oui, il eut l'impression de se faire presque passer de la crème, comme une grande sœur bienveillante tentant de mettre le cadet turbulent dans les bon rails. Et cela le faisait presque sourire. Il la trouvait mignonne, la Tanatos. A essayer d'adoucir le cœur noir qu'il était. Adorable presque. Bienveillante, oui. C'était Tanatos après tout. Une tueuse. Une meurtrière. Et pourtant étonnamment douce. Le coin de ses lèvres se soulevait en un sourire à peine visible. Elle avait tour en pensant qu'il ne l'écoutait pas. Chacune de ses mots traversaient ses oreilles pour s'inscrire dans son esprit, dans sa mémoire. Certes, son discours était sûrement vain, mais il trouvait tout de même auditoire. Et cet auditoire portait le nom de Virgil. Mais l'auditoire s'impatientait. Non pas tant qu'il trouvait le réquisitoire long et pénible, non, plutôt qu'à ses yeux... la Mort faisait fausse route.

Et elle se tût. Un instant de silence, que le Conteur prit comme une invitation à parler, une incitation à l'ouvrir, et enchainer sur le sujet. Faire naître le débat, perpétuer la discussion. Et sa réponse débutât par un « Tu te plante Tan'... ». Il relevait alors la tête vers elle, plantant à nouveau son regard là où le sien devrait logiquement se trouver. Il la fixe du regard, soutient ses yeux invisibles, inspire et reprends, une flamme nouvelle brûlant dans les onyx de son visage « Ma place ici, je la mérite. L'Histoire... l'Histoire elle retient le poète, le philosophe. L'intellectuel! Mais la vérité... la vérité c'est que je suis un traitre. J'ai trahis César! ». Au fil de ses paroles, son ton montait. Non pas qu'il s'énervait contre elle, non pas qu'il laissait éclater une quelconque rage contre la Faucheuse. Cette colère.. était tout autant dirigé au monde dans son intégralité, ce monde pourris, ce monde vicié, et lui-même, tout autant pêcheur. « J'ai tiré les ficelles d'une guerre civile qui a mis un pays, un royaume, à feu et à sang. Mes complots, mes stratagèmes, ont tué des centaines et des centaines d'âme. Soldat, citoyens, hommes, femmes, enfants! J'ai les mains aussi ensanglanté que Marc-Antoine peut les avoir, à la seule différence que lui à tout oublié. » Une courte pause, un sourire cynique s'affichait sur son visage. « Je suis le Brutus d'une nation toute entière. » Cette phrase résonnait alors contre les tombes, les mausolées, comme un requiem faisant trembler son être. Et pourtant, il gardait ce sourire, à mi-chemin entre l'amusement, l'arrogance, et la haine. «  Alors je mérite ma place ici. Je la mérite comme des milliers d'autres enfoirés qui croupissent ici! » Mais, ça, sans doute en avait-elle jamais douté.

Son discours s'accompagne de geste, trahissant ses origines latines. Ne dit-on pas que les italiens parlent avec les mains? A nouveau, le silence tombe. Un silence durant lequel ni lui, ni elle, ne prends la parole. Virgil inspire, et expire. Et sa voix redevient retrouve son naturel. Rocailleuse, mais n'a plus la colère habitant ses cordes vocales. « Tu as raison, je n'ai peut-être plus l'éclat, de l'homme que j'étais avant. Mais il n'en demeure pas moins que lui aussi, c'était un fils de pute. Une raclure, dans une toge certes mais une raclure tout de même. » Au final, il en avait peut-être juste par-dessus la tête t'être comparé à celui qu'il avait pu être auparavant, celui qui était "meilleur que lui". Il en avait peut-être par-dessus la tête d'être comparé à celui dont il avait souhaité s'éloigner en signant ce pacte avec Lucifer. Et pourtant, il était le premier à se rapprocher de lui, en comparant ses actuels écrits aux anciens, à ceux de son vivant. Il soupire. Et, assis, penche son corps en avant, tendant le bras pour mettre la main sur sa précieuse flasque de whisky. Il l'ouvre, et avant de boire, continue : « Tu me blâme de ne pas faire mon travail... Le tien consiste à donner naissance aux âmes. Leur donner naissance en les tuant. Et après quoi, tu me les refiles? Et mon taff', c'est quoi hein? Mon taff, c'est de torcher le cul de ces gosses que tu balances en enfer. Mon taff', c'est de leur prendre la main, de les rassurer, dans les guider dans ce monde. Je suis un Guide, le premier qu'ils viennent faire chier dès qu'il y a le moindre pépin. Mais je vais te dire un truc Tanatos... » Il boit une gorgée, et se penche à nouveau, mais cette fois vers elle, comme pour se rapprocher. A demi-voix, il murmure alors : « Tes protégées Tanatos, ils sont comme moi. Ce sont tous des enfoirés. Étouffé par le pêché, le vice, l'addiction, la folie. Ils ne sont pas en Enfer par hasard. Ils payent pour leurs crimes. Ils ne sont pas bon. Comme tu le dis, si ils le seraient, ils seraient là-haut, chez le Grand Despote Blanc, et pas ici, parmi les démons. Ils méritent leurs perditions, ils méritent la déchéance. Et en aucun cas, ils ne méritent qu'un type, quiconque soit-il, ne les couve comme le ferait une putain poule! ».

Ces derniers mots étaient sortis comme des fusées, le ton de Virgil, montant, déformant son visage par d'éphémère striges de colère et d'indignation. Il sourit, et commence à ce relever, de toute sa hauteur. Son regard tombe sur Tanatos, alors qu'il conclut sa tirade : « En tout cas, je suis navré ma jolie. Mais pour connaître Virgile, tu arrives bien trop tard. Il fallait venir quand je n'avais pas encore vingt ans. Quand je marchais encore dans le droit chemin. Quand j'étais brillant, que j'étudiais à travers tout l'Empire, et même auprès des grands esprits Grecs. Quand ma place auprès des Dieux étaient assurés. Aujourd'hui, tu dois te contenter de cet ordure qui se tient devant toi. » Sa phrase fût ponctué par quelques mélodies amères, presque mélancolique.


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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Lun 30 Juin - 21:55






Fuck you and have a nice day.



D'habitude aussi muette qu'une tombe, sans mauvais jeu de mot, Tanatos avait fait un réel effort pour prononcer autant de mots, et compris pourquoi elle ne le faisait jamais : s'exprimer, ce n'était pas toujours simple. Et au lieu d'accepter vos opinions comme les petits chiens qui hochent la tête sur les plages arrières des voitures, il y avait de fortes chances que votre interlocuteur réponde, surtout si c'était quelqu'un réputé aussi aimable que le cher Virgil auquel elle s'adressait en ce moment. Qu'elle tentait même de discipliner. Elle pouvait sûrement faire se tordre de rire au moins la moitié des Enfers, avec quelque chose comme ça, d'ailleurs. "J'ai tenté de gronder Virgil." Effort inutile et gaspillage de paroles, comme beaucoup le disent, bien que la Faucheuse avait envie de croire que tout ces efforts n'étaient pas vains. Peut être qu'un jour, après moult répétitions du même discours, il allait enfin l'écouter attentivement et faire quelque chose ? Ce n'était pas d'ailleurs ce que quelqu'un définissait comme la démence, de refaire encore et encore, inlassablement, la même chose en espérant que le résultat change ?

Rien n'avait d'ailleurs changé, pour le moment. Et ce fut parfaitement clair dès la première phrase prononcée par Virgil : "Tu te plantes, Tan'... ". Elle se plante ? À ce point ? Aouch. Ses épaules s'abaissèrent légèrement. C'était stupide de croire qu'un simple discours allait tout changer, mais elle ne pensait tout de même pas être carrément à côté de la plaque, bien que ce soit ce que lui suggérait la réplique du poète. Ses yeux brûlants se plantèrent dans ses orbites. Par chance, il était au moins sérieux et assez peu éméché pour continuer de discuter et probablement d'expliquer où elle avait pu se tromper.
Ses mâchoires et ses poings se serrèrent lentement, expression d'une grimace invisible. Il y avait bien sûr le revers de la médaille. Le Virgile dont personne ne parlait, car peu devaient être au courant. Les vraies raisons qui l'avaient fait atterrir définitivement dans ce trou. Avec son investigation et l'aide du Vieux, elle avait pu en apprendre un peu, mais il était évident que l'intéressé était bien mieux renseigné. Il semblait s'échauffer, mais qui ne serait pas en colère en évoquant ses péchés, surtout lorsque ceux ci conduisent à des millénaires de débauche ? Les damnés avaient tous une approche différente de la mort et de leurs péchés, mais la colère ou l'amertume revenait souvent, bien que Tanatos n'ai jamais complètement compris pourquoi. Elle était probablement la seule personne à n'avoir jamais pêché stricto sensu, ici. Et toutes les heures qu'elle passait à observer les humains ne l'aidait pas à comprendre réellement ce que pouvaient ressentir toutes les âmes perdues qui avait débarqué ici. Et les paroles de Virgil, accentuées et amplifiées par sa gestuelle, ne faisaient que lui rappeler l'existence de ce fossé, probablement éternellement infranchissable. Dans les silences et les pauses de son interlocuteur, la pauvre Tanatos aurait aimé répondre mais plus rien ne venait, réalisant l'énorme différence qui séparait les deux, et qui expliquait sûrement la différence de professionnalisme des deux.
Elle n'avait fait que le blâmer, rejeter la faute sur lui, sans chercher à comprendre son état, car malgré son air fier et la plupart du temps désinvolte, les propos constatant de l'ampleur de ses péchés ne semblaient pas qu'arrogants aux yeux de la Faucheuse. Cette dernière, trop occupée dans la constatation du fossé qui se creuse entre les deux Slenders, ne pense même pas à empêcher son "collègue" de récupérer sa flasque pour s'imbiber de son contenu. Elle cherchait toujours une manière de réagir, quelque chose à répondre, d'autant plus qu'elle n'aimait pas l'entendre condamner complètement les âmes envoyées ici, mais sa logique semblait implacable. Toute l'inexpérience émotionnelle et orale de la Mort se ressentaient dans ce silence prolongé. Les gens qu'elle envoyait ici était-ils vraiment complètement pourris, sans rien à sauver ?

L'air convaincu de Virgil et le fait qu'il se leva découragea un peu plus Tanatos, qui décida de rester assise. De toute façon, elle n'avait clairement pas la carrure pour tenir tête à son interlocuteur, alors autant rester assis, elle levait assez souvent la tête lorsqu'elle voulait parler à quelqu'un pour ne pas être sujette aux torticolis. Elle réfléchit encore quelques secondes, cherchant ce qui pouvait marquer le poète pour éviter qu'il ne décide de rentrer chez lui pour picoler en la laissant plantée là. "Brutus ? Ne sois pas si arrogant, son rôle ne te convient pas. Le parricide, ça ne te va pas au teint, très cher." La Faucheuse ne pouvait sourire avec son crâne impeccable, mais elle émit tout de même le bruit d'un ricanement qu'on étouffe. Ce n'était pas tous les jours qu'elle se permettait ce genre de légèretés, mais il fallait bien trouver de quoi s'amuser un peu, lorsque l'on décime la race humaine comme passe temps. "Non, tu es... Icare. Tu t'es surestimé, à fendre les cieux comme l'égal d'un dieu, et rien ne contraste plus avec la douceur de la voûte stellaire que les bas-fonds de la déchetterie de l'Humanité... Et essayer d'emmener celui que tu étais avec toi dans les tréfonds des abysses n'aidera pas." Elle s'arrêta un instant, plutôt fière de penser avoir compris et cerné le "fils de pute dans un manteau très classe", mais finit par soupirer. "Peut être, que ça n'aidera pas. Je n'en sais rien. J'en sais foutrement rien. J'essaye juste de comprendre et c'est compliqué. J'aimerai bien aider. T'aider. Mais tu as raison, je suis sûrement arrivée trop tard. Et pourtant...", fit-elle en se levant, "crois moi, il y a de l'espoir."



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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Mar 1 Juil - 21:53



« I want to exorcise the demons from your past »


La poésie d'antan avait disparu. Ses fleurs et les délicates pétales des poètes c'étaient fané dans les tréfonds de ce monde noir comme la mort. La poésie ne pouvait survivre aux Enfers. Rien ne pouvait survivre aux Enfers. Pas même les damnés. Ils ne font que surgir, de temps à autres, des eaux dans lesquelles ils se noient. Alors il devait en être de même pour le caractère orateur de Virgil. Il fût orateur, là-bas, à Rome, durant ce que les Hommes nomment désormais « l'Antiquité ». Et en orateur, il sermonnait les coupables comme les sages, les incultes comme les empereurs. Avec cette verve et ce langage qui n'appartenait qu'au hautes-sphères des esprits pensants de son époque. Là, au milieu de ce cimetière, entre ces tombes et ces morts, ces squelettes et ces cryptes, il avait trouvé l'éloquence, quelques minutes durant, pour tenir cette tirade sur ce qu'il était, sur ce qu'il est, sur ce qu'il pouvait être. Cette tirade sur lui, le calque des méandres les plus profonds de son être, de son âme. Était-ce l'alcool qui le rendait ainsi? Ou justement sa curieuse et inhabituelle sobriété? La main entourant sa flasque argentée de whisky aux couleurs d'ambre, ses yeux d'ébènes nuancé de liquide sanglant, tombait sévèrement sur le crâne de la Mort, se perdant dans ses deux orbites vides et sans vie. Que trouverait-elle à répondre à cette version de son être? Que trouverait-elle à répondre, cette mort arrogante et donneuse de leçon comme-ci elle était un modèle de conduite, alors qu'il mettait à nu ses pensées sur lui et l'être qu'il pouvait être ici-bas, dans ce royaume Luciférien?

Une phrase. Et son rire. Léger. Flottant. S'éparpillant en poison chimique dans l'atmosphère. Les doigts du conteur se resserrait sur sa flasque. C'est alors là tout ce qu'elle trouvait à faire, se foutre de sa gueule? Rire de lui? Se payer sa tête? Se fendre la poire? La mâchoire du Slender, une nouvelle fois, se serrait elle aussi, taillant son visage à la lame d'un couteau. Un instant même, ses dents mordirent sa lèvre pour contenir cette rage qui semblait balayait, en puissante vague, son âme. Et l'espace d'un instant, il lui vint l'envie de lui balancer cette flasque en travers de la tronche. Lui fendre le crâne, et décoré de rouge l'argent de sa flasque. Il ne le fit pas. Non pas qu'il craignait une éventuelle riposte, plutôt que le whisky est précieux à ses yeux. Et plus que cela... Tanatos ne méritait pas pareille châtiment. Elle se foutait de lui, oui. Ou l'espace d'un instant, elle le fît. Mais assise, levant la tête vers le Conteur, elle le comparait à Icare. Ce mythe qu'il ne pouvait que connaître. Cet idiot dont les ailes de cires ont fondus, alors qu'il volait encore et toujours plus haut du ciel, pour finir par chuter dans les eaux, et s'y noyer, lui aussi. Il fût surpris de cette comparaison. Et sa haine chuta. Ses doigts ne se crispaient plus. Ses dents ne s'écrasaient pas les unes contre les autres. Icare. Si les dieux... si Dieu, ne l'avait pas condamné à l'Enfer pour trahison, meurtre, et complicité de meurtre, pour les crimes de guerre qu'il a pu aider à commettre, pour les soldats tombés et le sang versés par ses idées, pour l'injure faite à son empereur... peut-être l'aurait-il condamné pour son paganisme. Et cette volonté qu'il avait, volonté trop ardente sans doute, de se faire une place sur l'Olympe. Les Dieux l'avaient laissé tomber. Et Dieu l'avait punis. A croire que les cieux avait pour intime amusement de s'acharner sur les hommes. Alors oui, il est Icare. Mais ce n'est pas le soleil qui brûla ses ailes, non. Mais Eux. Et Lui.

Mais de tout ces mots, si il devait en avoir qu'une poignée qui marquaient son âme au fer rouge, ce furent les derniers. Elle aimerait bien aider. Elle aimerait bien l'aider. Et à ses yeux, il y avait de l'espoir. Oui, si il ne devait, de toute cette soirée, ne retenir que quelques mots, il s'agirait de ceux-là. Pourquoi? Parce qu'à travers ces paroles, à travers ses phrases, Virgil voyait plus que... de la douceur et de la bienveillance. Plus que de la volonté de le mettre dans le bon chemin, et de lui faire la morale. Comme de la... confiance? De la confiance sur ce qu'il pouvait devenir? De la confiance sur ce qu'il pouvait être? L'espace d'un instant, dans le théâtre de son esprit, il donna à la Mort ce rôle de femme plus âgée et proche, comme une sœur ainé, qui essayais de mener le cadet turbulent sur la voix de la sagesse. Et tout cela le fit rire. Mais ce rire mourut dans les tréfonds de sa gorge avant d'émettre le moindre son, et ce fût un sourire qui vint perler ses lèvres. Il s'amusait lui-même de ce qu'il pouvait nommer de la.. naïveté. L'espace d'un instant, il en fût submerger. Une fraction de seconde, avant qu'il ne trouve tout cela purement pathétique. Personne ne croyait en lui. Personne ne lui faisait confiance. Car l'on ne place pas sa confiance, et encore moins ces espoirs, en un type comme lui. C'est ainsi. Fatalement ainsi.

La Mort se lève, et il fait un pas vers elle. « De l'espoir..? De quel espoir parles-tu, Tanatos? Celui de me faire redevenir ce que j'ai pu être? Celui de me faire redevenir Virgile? ». Si il s'agissait véritablement de cet espoir, alors cette fois, c'était elle qui lui semblait naïve. Si c'était son but, ce qu'elle désirait, ce qu'elle voulait entendre par les mots "J'aimerais t'aider", se rendait-elle compte de la tâche herculéenne qu'elle se donnait, qu'elle désirait accomplir? Du parcourt qu'elle devrait faire, pour lui rendre cette candeur et cet éclat d'auparavant? Pour le faire redevenir le philosophe, le poète, l'idéaliste, l'orateur que l'Histoire retient? Il secouait la tête, de gauche à droite, comme marque de son opinion divergente sur la question, sans se débarrasser de ce sourire amusée, cynique, et à nouveau, un brin mélancolique. « Pour cela, il te faudrait me décrasser de cette addiction à l'alcool. Me débarrasser de ce net penchant pour les coucheries, les parties de jambes en l'air, la baise -Quoi que Eve s'en chargera peut-être avant toi. Me faire oublier les exaltations tumultueuse de la violence et du sang chaud sur mes poings. Me purger des douces et enivrantes vapeurs des diverses drogues. » Il repartait pour une tirade. Il fallait alors croire que, aussi peu loquace soit la mort, elle avait l'art et la manière de faire parler le Conteur.

Un conteur qui entreprends les cents pas dans ce cimetière, auparavant dévasté, maintenant remis à neuf. Il hausse les épaules, soupire, autant de tic et de manie silencieux qui souligne l'impossibilité de la tâche. Son corps s'anime au rythme de ses paroles, et son doigt même effectue un cercle lorsque ses lèvres en évoque un. « Et crois-moi que c'est pas en réunissant quatre glands en cercle, et en les faisant parler tour à tour de leurs problèmes, que tu parviendra à me remettre dans les bons rails. » L'ancien poète se penche, attrapant son t-shirt pour le remettre sur son torse jusque-là nu. Si elle n'avait pas profité de ces quelques minutes pour laisser glisser son regard sur la fine musculature du Slender, c'était désormais trop tard pour le faire. Il se redresse, et esquisse une légère moue, sa voix se teintant alors d'une étrange douceur, qui n'a rien à voir avec le ton habituel de sa voix : « C'est une noble cause Tanatos, et je t'en remercie. Mais il n'y a pas d'espoir. Du potentiel, peut-être est-ce là ce que tu vois en moi, en regardant l'homme que je suis, avec tout ces vices, et la débauche dans ses plus grandes splendeurs. Mais pas de l'espoir. » Dans sa barbe, il continue de parler. Ou plus exactement, il marmonne. De sorte qu'elle ne l'entende pas, ou en tout cas, qu'elle ne comprenne pas l'entièreté de ses vers. Car il s'agit bien de vers. Des vers qui, dans la main droite de Virgil, fait apparaître un révolver. Un six coup. Une sorte de Colt Peacemaker, comme pouvait les apprécier les américains et les cow-boy à l'époque, souvent repris dans les western. « Pour faire renaître celui que je fût, il te faudrait exorciser une part de moi, ma belle. Et si cela te tient tant à coeur, alors, essaye. »

Le conteur attrape la main de la Mort, et referme ses doigts féminins sur la crosse du révolver. Le canon, lui, il le pose au milieu de son front. Au-dessus de ses deux yeux. Des yeux fixant les orbites de la Mort. « Alors fais-le Tanatos! Butte-moi! Tue l'être infâme qui est en moi! » Sa mâchoire se crispe, son nez se soulève alors que ses sourcils se froncent. « J'ai laissé tombé des milliers d'âme que tu a choyé dans la mort! Je les ai laissé crever de peur et d'incompréhension dans les tréfonds de l'enfer! J'ai éclaté la tronche à plus d'un d'entre eux! J'ai sentis leurs sangs couler sur mes phalanges! » Sa colère, il semblait alors vouloir la transmettre. Comme un venin, une contamination, une épidémie, qui viendrait faire vibrer les vertèbres de la mort « Au lieu de les accompagner dans la Mort, j'ai rendu le séjour de ses ordures encore plus infâme! Tes petits protégés n'ont souffert comme jamais entre mes mains! Tout ce que tu fais pour leur bien, je le détruit! Alors bute-moi putain! » Il inspire, et expire. Il reprends son calme, et murmure : « It's fucking easy man. Just fucking pull this fucking trigger ». Son regard soutient toujours les orbites vide de la mort. Comme une ultime provocation. Toi, qui l'a longtemps détesté. Lui, qui a saccagé ton cimetière, profanés tes tombes. Toi, qui à l'occasion de lui mettre une balle dans la tête... qu'est-ce que tu vas faire?


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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Sam 5 Juil - 11:36






« Je dis pas que c'est pas injuste, je dis que ça soulage ! »



Oubliés, le calme serein de la nuit avant l'arrivée de Virgil, la beauté apocalyptique et destructrice de sa statue imaginée ou la sérénité du moment où le poète était occupé à reconstruire ce que son effigie de pierre avait détruit. Tout ceci avait disparu, et laissé place à un sentiment de gêne. Du haut de sa taille ridicule, Tanatos n'était plus du tout à l'aise. C'était au tour de l'homme en face d'elle de sortir son regard le plus sévère et le plus foudroyant. Mais ce n'était pas le plus terrible pour la Mort la moins effrayante qui soit, malgré son travail macabre, non.
Il se mit à sourire, lui rappelant le rire qu'elle avait eu avant de répondre à son beau discours, bien que les raisons de leur amusement devaient être radicalement différentes. Son esprit plaisanta un instant, se demandant s'ils allaient continuer de communiquer en riant à moitié entre chacune de leurs tirades. Mais cet instant d'amusement s'effaça devant ce sourire qui ne lui disait absolument rien qui vaille. Elle sentit même l'esquisse d'un frisson dans le creux de son dos, face au poète, qui devenait de plus imposant, face à la pauvre Faucheuse qui ne faisait pas vraiment le poids, même si cela ne l'empêcha pas de secouer la tête en entendant ce qu'il avait à dire. Il ne pourrait jamais être Virgile à nouveau, c'était évident. A moins de tout oublier. Et à quoi bon oublier, si ce n'est pour se retrouver emprisonné dans le même cercle vicieux ? C'était Virgile qui avait conduit au guide alcoolisé qui se tenait devant elle, donc repartir de zéro ne servirait à rien, même si se débarrasser des mauvaises habitudes qu'il était en train de lister serait tout de même un bon début...

Elle resta plantée là où elle était lorsqu'il partit faire les cent pas alors qu'elle cherchait un moyen de répliquer. Il faudrait plus que juste supprimer les vices auxquels il était habitué, il fallait autre chose, mais la Mort n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Sa nature presque humaine n'aidait pas, le "presque" représentant toutes les subtilités qu'elle ne pouvait saisir entièrement. Elle décida pourtant de s'approcher, alors qu'il s'habillait, même si elle s'interrompit vite en entendant des marmonnements incompréhensibles et en voyant dans la main du guide une arme à feu semblable à bien d'autres qu'elle avait eu l'occasion d'utiliser dans ses passages dans le monde des Humains. Allait-il lui tirer dessus ? Se venger de ses remarques et de ses ricanements ? Passer sa colère une bonne fois pour toute et la planter là ? De nombreux scénarios défilèrent dans son esprit, et pendant une seconde elle se lamenta, non pas de la gêne occasionnée par sa mort temporaire, mais surtout au sang à devoir nettoyer. Des nombreux Damnés avaient tentés de finir leurs jours ici-bas sur leur sépulture, et rien n'était plus pénible que de devoir récurer jusqu'à la dernière goutte versée.

Mais rien de ce qu'elle avait imaginé ne se passa, puisqu'elle sentir ses doigts être refermés sur le métal, alors que ses doigts se repositionnèrent sur la crosse par réflexe. Elle devait admettre ne pas réellement s'attendre à un tel développement, et mit une seconde avant de comprendre ce que signifiait le canon pointé sur la glabelle du poète. En entendant sa fureur vibrer dans ses paroles, elle repensa soudainement à une discussion qu'elle avait eût avec un quelconque érudit, qu'elle avait questionné notamment sur la mort, et il avait alors évoqué les différentes phases par lesquelles passait quelqu'un lorsqu'il était confronté à la mort d'un proche. Déni, colère, marchandage, dépression et acceptation. Et plus l'existence de la Faucheuse s'allongeait aux enfers, plus elle avait l'impression que les damnés devaient aussi passer par ces phases pour accepter leur propre Mort, les phases en elles-même changeant selon les péchés commis pas le damné, bien qu'ils s'arrêtent souvent à la dépression. Et ce regard rougeoyant fixant le sien lui donnait la forte impression que Virgil n'avait pas encore passé l'étape de la colère, souvent une des plus longues, notamment lorsque certains estimaient ne pas mériter leur place ici...

Avec une main experte, elle soupesa l'arme sans dévier le canon de sa cible. Elle n'en avait jamais tenu une ici, mais ses venues dans le monde des hommes étaient souvent causées par des armes à feu, qu'elle maniait maintenant à la perfection. Elle hésita une seconde, son index s'appuyant lentement contre la gâchette, la froideur familière du métal la réconfortant. Elle avait l'impression de vivre la même chose encore et encore, inlassablement, et le retour de cette sensation presque rassurante la conforta dans cette idée. Mais cette fois... Elle ne tirerait pas.
Elle retira le canon du front du poète pour abattre la crosse contre sa tempe, dans un geste tout aussi familier pour elle, et l'abattit une nouvelle fois dans l'autre sens, sans attendre que le choc du premier impact ne remonte dans son bras. Ce geste aussi, elle l'avait exécuté bon nombre de fois, mais ce n'était que dans le corps de masses de muscles terrifiantes, capable de tuer quelqu'un avec un coup bien placé sur la tempe. C'était la première fois qu'elle l'accomplissait avec sa force propre, et se doutait bien qu'elle n'avait aucun espoir de tuer qui que ce soit ou de rendre inconscient quelqu'un avec, et c'était le but recherché. Elle n'allait pas laisser ce qu'elle avait à dire tomber dans l'oreille d'un sourd.

Elle s'avança d'un pas, avant de commencer de parler, sur un ton sarcastique. "Il faudrait peut être déjà se débarrasser de toute cette connerie avant de s'attaquer aux autres défauts." Elle laissa ses bras tomber le long de son corps, le revolver toujours fermement maintenu dans sa main. Elle n'aimait pas forcément se montrer provocante, mais c'était apparemment le seul moyen de capter l'attention de Virgil. "Te laisser crever ? Jolie tactique pour laisser tomber la conversation. C'est vrai que tu dois avoir l'habitude des migraines, avec ta gueule de bois quotidienne. Mais je n'ai pas l'impression d'avoir terminé. C'est sûrement ton problème. Ne penser qu'à toi, te laisser aveugler par tes émotions..." Elle soupira et tapota sa propre tempe avec le canon de l'arme. "On sait tous très bien que c'est la Mort, le problème. Moi. C'est tentant, non ? Mais le Patron trouvera bien le temps de faire surgir du néant un autre raté comme moi et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'on tombe sur quelqu'un qui accepte sa condition. C'est la même chose pour toi. Si j'avais le moyen de me débarrasser de toi pour de bon, il y aura aussi un autre raté pour prendre ta place d'emmerdeur. On prend les mêmes et on recommence..." Elle laissa alors retomber son bras, et lâcha l'arme, qui tomba dans un bruit sourd. "Donc ce n'est pas la bonne solution. Dommage, je dois admettre que ça a un certain cachet. Oublier et reprendre à zéro, tu l'as dit, ça ne marchera pas. Mais qu'est-ce qu'il reste, dans ce cas ?"

Elle croisa les bras, s'arrêtant un instant pour chercher ses mots, et essayant d'oublier l'envie qu'elle avait de le frapper un peu plus, car même si elle ne ressentait plus la même fureur à l'égard du poète, il fallait admettre que les deux coups lui avait presque arraché un sourire. Elle avait clairement assez de raisons pour le frapper toute la journée, ou même pour le découper en morceaux, mais si elle laissait elle aussi sa colère la dominer, ils n'iraient pas bien loin... "Tu ne peux pas redevenir Virgile. Il ne faut pas oublier ses erreurs passées, et je pense que deux millénaires à les ressasser n'aideront pas à les effacer... Mais si tu pouvais au moins faire quelques efforts, et accepter le fait que merde, peut être que tu méritais vraiment d'atterrir ici, ce serait peut être un bon début."



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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Mar 8 Juil - 23:51



« Poor Death... »


L'enfer connaissait la période estivale. Cette chaleur accablant les damnés le jour, et hantant même les nuits. Comme le monde des hommes, l'Enfer était régit par les saisons, et inévitablement, chaque année à la mort du printemps, venait la naissance de l'été. Cette nuit, d'ailleurs, était marqué par cette naissance. Cette nuit où le cimetière fut saccagé, et la tranquillité de la Mort brisé, piétiné, souillé. Cette nuit où Virgil avait sentis la chaleur habiter son corps alors qu'il redonnait à ce parc à os sa splendeur. Et pourtant, malgré la chaleur, le poète ne sentait que le froid du canon, plaqué là, contre son front. Une balle, une seule, et son cerveau volerait en éclat. Dans une explosion de sang et de cervelle qui ravirais les yeux des amateurs de gore. Une balle, une seule. Ce plomb traverserait sa peau, sa boite crânienne, et le tuerait pour quelques heures tout au plus. Il tomberait, inconscient. Et par quelques inexplicables procédés, il reviendrait à la vie, comme si la Mort n'avait pas appuyé sur la gâchette. L'immortalité... c'était un fardeau de plus infligeait par les Enfers. Sans mort, la vie n'avait plus de saveur. Elle perdait de sa superbe. Et pourtant, en maintenant le revolver prêt à gronder contre sa tête, il ressentait, sur ses épaules, le poids de la fin. Comme si tout finirait d'un instant à l'autre. L'arme vibrait entre ses doigts, comme désirant à tout prix cracher son feu. Son regard ne lâchait pas les orbites vide de Tanatos. Il sentait son index caresser la détente. Elle l'avait fait des centaines de fois. Tirer. Tuer. Et voir ce sang, cette cervelle, exploser, se répandre. Elle l'avait fait, des centaines et des centaines de fois. Il ne serait qu'un nom de plus sur son registre. Le vieux avait tué Virgile. La gonzesse se ferait Virgil.

Et pourtant rien. Pas de détonation. Pas d'effluve d'hémoglobine. Pas de mort provisoire, temporaire. Non, rien. Elle ne tirerait pas. La Mort ne tuerait pas. Pathétique... ni soulagement, ni crainte qui s'envole, le poète ne pensait alors qu'au caractère grotesque de la faucheuse. Un instant, il aurait voulu retourner cette arme contre elle, lui inculquer une leçon, juste une : Celle de ne jamais passer à côté d'une occasion en or comme celle-ci. Combien était-il dans cet Enfer à rêver de le tuer? Même elle, ne l'avait-elle jamais désiré, cette Mort? Maintes fois. Et maintes fois encore. Et pourtant, rien. Absolument rien. Elle n'appuierait pas sur la gâchette. Il en était presque déçu. Et comme pour se faire pardonner, elle vient écraser sa tempe droite tout d'abord, avec un coup de crosse. Puis un autre coup, de l'autre côté, la tempe gauche. La douleur, comme un frisson, parcourut son corps, pour secouer son cerveau, qui serait désormais dégrisé si le Conteur avait été ivre. Il grimace sous la douleur, reculant de quelques pas, pour prendre sa tête entre ses mains. Il jure. Dans sa barbe, un flot de juron traverse ses lèvres. La colère monte, et combat le mal de chien qui secoue son crâne. Bordel, c'était quoi son problème, hein? Peut-être aurait-il préférait qu'elle tire oui. Car la douleur n'aurait duré qu'un millième de seconde. Pas assez pour qu'il la ressente. Et pourtant, il serait là, allongé dans l'herbe, avec le crâne explosé, inconscient pour quelques heures... Quelques heures de repos... juste quelques petites heures.

Des mots. Elle se mit à parler, la Mort. Avec ce ton sarcastique qu'il ne pouvait supporter. Mêlé à la douleur, il n'avait qu'une envie. Une envie qu'il réprimandait. A la manière de Caïn, il se voyait alors éclater ce crâne luisant avec le premier rocher lui tombant sous la main. Si la Mort avait peur de tuer, lui, n'hésiterais pas si le coeur venait à lui en dire. Le coeur lui en disait. A moitié en tout cas. Tuer ses collègues n'est pas vraiment bien vu. Et puis... il ne pouvait pas, il ne voulait pas. Pour des raisons qui ne lui venaient pas même à l'esprit. Pour l'heure, il écoutait le nouveau verset de ce sermon, ce deuxième couplet de cette chanson. En pestant. En marmonnant. Mais il l'écoutait tout de même, elle, avec ces longues phrases sans âme. Le Guide relevait les yeux vers cette femme au visage de squelette. Cette femme qui, à nouveau, le blâmait. Lui, et sa connerie. Lui, et son égoïsme latent. Lui, et son manque de discernement... il en avait assez pour ne pas la tuer elle. Dans sa colère, dans sa haine, dans sa rage, il trouvait le discernement de ne pas exploser, de bloquer cette minuterie, de ne pas déclencher cette bombe à retardement. Et vint le tour du fatalisme. Cette doctrine pessimiste où rien ne changeait, où tout était destiné à se reproduire, encore, et encore, et encore. Pessimiste, mais juge. On prends les même, et on recommence ouais. Refaire sans arrêt exactement la même connerie, qu'on répète, encore et encore et encore. Peut-être certains espéraient-ils que les choses changent, en se disant "Cette fois, ça sera différent. Non non non non, pitié! Cette fois, ça sera différent. " Bande de con. C'était de la pure folie. Oui, encore la folie. Oui, encore lui. Oui... le tuer ne changerait rien. Revenir au temps de Rome ne changerait rien. Le cours des événements sera toujours le même. Toujours, et toujours.  

Le revolver tombait de ses mains. En entrant à contact avec l'herbe fraiche, il disparut. Lentement, il se décomposa en une poussière se dispersant au vent. Sa magie prenait fin. Le caractère éphémère de sa création l'auto-détruisait. Il regardait un instant les particules de gris se mêler à la brise, avant de voir la mort croiser les bras. Il se redressait, lâchant son visage de ses mains. Son regard tombait sur le sol, puis se levait vers les cieux. Et toute ses pensées se figent un instant. Ses yeux retombent sur Tanatos, alors que son menton reste relevé vers le ciel. La fin du discours de la mort provoquait un arrêt sur image, ainsi qu'un discours de quelques secondes qui se faisait pesant. Un silence persistant, avec que Virgil ne murmure « Tu n'a donc... rien écouté à mon monologue, Tanatos? ». Son ton se faisait plus froid au cours de ses mots. Puis il soupira. Et un sourire vint naître sur ses lèvres. Il se permettrait même de rire si cela n'impliquait pas de froisser la mort. « Je te l'ait dit. Ma place ici, je la mérite. Autant voir plus que d'autre. Plus que... toi. Toi, condamné à vivre l'éternité en Enfer, à être sous le joug de Lucifer, alors que tu n'a pas même goûté à la vie. » Un pas de plus vers elle, et seulement quelques centimètres les sépare. De la pitié. Oui, il prends la mort en pitié. Mais d'une manière différente qu'il la trouvait pathétique quelques minutes auparavant. « Nous sommes très différent, toi et moi, Tanatos. Regardes-toi... malgré les meurtres et les assassinats que t'impose le boulot que le boss t'ai donné, tu demeures la plus noble et la plus pure d'entre nous. » La main du poète se pose alors sur son épaule, fine, presque frêle. « Alors que moi, je cumule les tares de tout ces quartiers. La violence de la Colère. Le goût de la Luxure. L'arrogance de l'Orgueil. L'excès de la Gourmandise. La convoitise de l'Envie. L'égoïsme de l'Avarice. Le manque de professionnalisme de la Paresse. Et nombreux des vices de ton propre quartier. »

D'autant plus, son sourire s'agrandit. Comme un sourire trancha au couteau ses lèvres. Mais ce sourire n'est pas seulement amusement. De la tristesse, de la mélancolie, revient, sur son visage. « Je n'étais pas comme cela auparavant, certes, mais je méritais tout autant ma place. Et puis, tu sais, souvent, nous ne méritons pas ce que nous avons. Je ne sais si tu a connu cette empereur de Rome... Anthémius qu'il se nommait il me semble. Mais, il a dit un truc du genre : Nous ne méritons pratiquement jamais ce que nous arrive, jamais, mais ce sont nos actes prochains, qui décideront si nous le méritons, ou non. Enfin... si je te dis ça, c'est pas pour me donner du cachet. C'est juste que.. admettons que je pensais ne pas mériter ma place en arrivant ici... la suite des événements, deux milles ans... ont suffit pour me faire comprendre le contraire.» Sa main quitte alors son épaule, après y avoir déposé une tape qui se ferait presque amical. Son regard d'ombre se perd à nouveau dans les orbites de son visage, de son crâne. Il inspire, et murmure : « Pour citer Musset, et son cher Lorenzaccio, "Le vice a été pour moi un vêtement. Maintenant, il est collé à ma peau." Comme j'ai pu te le dire tout à l'heure, il faudrait exorciser une part de moi pour me faire redevenir ce que j'étais, ou tout du moins, faire de moi un être moins... catastrophique. Il te faudrait arracher ma peau, me dépecer de mon vice. » Et cette fois, il rit. Son rire hante le cimetière. Et sa connerie vient ensuite prendre forme entre ses lèvres : « Tu t'y connais, en plus, en peau! ». Et comme pour souligner sa stupide remarque, il attrape le crâne entre ses mains, pour déposer ses lèvres sur ce front sans peau. Non Tanatos... tu ne le changera pas.

Mais il n'y a pas que de mauvaise chose en lui, tu sais?
Les bonnes sont juste bien cachées!


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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Sam 11 Oct - 16:52






« You win, I give up. »



Ni les moments passés à écouter les monologues ridicule de Thanatos, ni les décennies de silence imposées par sa solitude n'auraient pu préparer Tanatos à un tel dialogue. Lorsque le soleil s'était couché, qu'elle traînait sa carcasse parmi les tombes, alors que la notion même de dialogue l'intriguait, celle d'en avoir un avec Virgil lui aurait surement arraché un de ses rares sourires invisibles. Et pourtant elle se tenait toujours en face de lui, après une longue nuit, ayant gardé son calme tout le long de la conversation, car plus le temps passait, plus elle ajoutait une autre signification à ce coup de crosse qu'elle avait asséné contre sa tempe, qui l'avait surtout empêchée de succomber à la tentation de tirer. Il aurait été probablement ravi qu'elle s'y abandonne, et c'était si facile ! Juste presser un doigt, rien de bien compliqué, surtout avec quelqu'un ayant d'autant expérience, mais pour la Faucheuse, c'était une sorte de défi, et rejoindre le poète dans son jeu et lui accorder ce qu'il désirait était vu comme une défaite. Elle devait rester elle même et ne pas se laisser entraîner par la mauvaise influence évidente de son interlocuteur.

... Maintenant que ses demandes s'étaient changées en un flot de paroles d'une éloquence qui la dépassait, tout était légèrement différent, l'impression stupide que sa faux réclamait son attention l'assaillait et la titillait. Pourtant, son cerveau continuait d'écouter et analyser les paroles du poète, malgré les tentations externes multiples. Il faut dire qu'il était fort dextre dans le maniement des mots, ce qui avait déjà commencé d'embrouiller la Mort et expliquait l'aspect redondant des paroles qu'elle avait prononcées auparavant, dirigées par son pessimisme teinté de nihilisme, une des rares choses qu'elle maîtrisait pleinement et auprès desquelles elle allait se réfugier lorsqu'elle ne savait plus quoi dire ou penser, état dans lequel elle se trouvait après seulement quelques échanges de cette conversation si épuisante pour une personne si peu loquace. Elle ne le remarquait que maintenant, l'ayant auparavant oublié par naïveté, ou par orgueil de penser pouvoir résoudre l'énigme qu'est Virgil.
L'aspect titanesque de cette tâche ne lui apparaissait que maintenant, par bribes, et tout ceci l'accablait autant que la chaleur et le soleil, cuisant lentement les Enfers et leur carcasses, oubliées en marge de ce monde de vices. La nature même de ce lieu lui rappelait la dimension incurable de ce patient qu'elle s'était elle même attribué, non sans une touche de fierté et d'arrogance mal placées, s'estimant supérieure à lui sur le simple critère de l'obéissance aux règles, sans même songer aux différences de leur condition respectives, et il s'y appliquait aussi en cet instant, la décrivant comme plus pure et prenant ses craintes de disparaître pour de la noblesse. Il est facile de passer à côté d'une telle subtilité d'interprétation, et cette vision n'est probablement propre qu'à cette intérimaire de la Mort, cette apprentie Faucheuse censée être un des êtres les plus pur et innocent de ce plan de l'univers, et décrite comme simplement condamnée par son existence même et le but que l'on lui a attribué. Elle se le répétait souvent, pour se consoler et endormir la culpabilité qui se manifestait parfois et envahissait son esprit, sous forme de chuchotis et de paroles à demi prononcées.

Mais cette discussion et les explications de Virgil la confortait dans une vision encore plus fataliste et la poussait à voir le Mal partout, jusqu'au plus profond d'elle, confirmant ces incriminations discrètes et pourtant bien présentes dans son être. Pourquoi l'innocentait-on ? Car elle n'avait pas le choix, qu'elle n'avait pas demandé une telle destinée ? Mais cette obéissance aveugle par peur de cesser d'exister n'est-elle pas semblable à de nombreuses fautes commises par les pêcheurs de son quartier-poubelle ? Dans le fond, et à ses yeux, à ce moment soudain de compréhension, elle se disait qu'elle n'avait jamais été supérieure aux autres, à ces esprits torturés, et ne le sera jamais, puisqu'elle est à leur image, et n'est qu'une âme perdue de plus, singulière uniquement par l'Inconnu que représente pour elle le monde des hommes, foyer de ceux qu'elle côtoie. Pourquoi le Malin, Lucifer lui même, aurait-il créé un être assez pur pour mériter sa place dans des cieux plus cléments et moins corrompus ? Si Dieu avait fait l'homme à son image et insufflé une partie de lui dans chacune de ses créations, Satan n'a pas pu faire autrement, transmettant ses vices et pêchés avec la vie qu'il modèle. Plus la pensée cruelle de Tanatos cheminait et s'insinuait dans son esprit, plus elle se convainquait elle même, et les paroles du Guide ne donnait que plus de légitimité à son discours interne. Après tout... Si elle été arrivée ici encore pure de tout pêchés... La suite des événements avait parfaitement scellé son destin, comme l'illustrait l'exemple qu'il énonçait de cet empereur.

Sa citation finale acheva de sceller la dernière pierre de l'édifice de cette théorie pessimiste qui n'avait auparavant jamais dépassé le stade de l'ébauche et des croquis dans l'arrière de ses pensées. Perdue dans ce flot de convictions implacables et se refermant comme un piège à loup pouvait se refermer impitoyablement sur un membre qui passait par là, elle ne sentit même pas la main de Virgil sur son épaule, ou encore son geste, ce tapotement d'épaule à mi-chemin entre la pitié et une forme d'affection. Elle ne vit même pas venir cet effleurement de son crâne dans quelque chose qu'elle hésita à désigner comme une certaine tendresse, qu'elle aurait volontiers esquivé dans des circonstances normales. Finalement, ce fut son jeu de mots qui reçu le plus d'attention et bien que le sourire de la Faucheuse fut indétectable, son rire réprimé, qui ne s'exprima que quelques secondes, fut bel et bien perceptible.

Le silence ne dura pas longtemps, et l'apprentie Mort y coupa court avec un ton légèrement amusé : "Toi aussi, tu te trompes lourdement, Virgil... À croire que l'on est fait l'un pour l'autre !". Sa voix reprit un air plus sérieux et neutre après cette pique. "Ne me mets pas sur un piédestal aussi bancal que celui de la vertu que tu ose m'accorder sans réfléchir. Je dois te remercier, à vrai dire, c'est grâce à toi que j'ai pu m'en rendre compte. Soyons honnêtes, que se passera-t-il, si j'arrête de tuer les êtres humains ? Lucifer me remplacera. Un ticket express pour le Néant en moins de temps qu'il ne m'en faut pour dissoudre mes chairs. Et c'est cette simple crainte, cette lâcheté, qui m'empêche de faire ce que je veux. Je ne vaux pas mieux que les Damnés. Je... Ne vaux pas mieux que toi." La pause ne dura pas plus de deux secondes, mais on pouvait y ressentir les sentiments partagés et globalement négatifs qu'elle avait à l'égard de son interlocuteur. "Mon ardeur à la tâche ne s'explique que par les conséquences et les sanctions possibles si je ne m'y attelle pas. Je ne travaillerais pas plus que toi, sans cette épée de Damoclès constamment au dessus de mon crâne..."

Ses épaules s'affaissèrent. Formuler et énoncer à voix haute cette réalisation la rendait bien plus réelle que tous les chuchotements produits par le fond de son esprit. Elle baissa la tête et recula de quelques pas, cherchant maintenant du regard sa faux. Elle avait l'impression d'avoir tout dit, et la présence du soleil, les narguant de ses rayons brûlants, renforçait cette idée qu'ils avaient accomplis ce qu'ils avaient à faire, et que cette longue nuit riche en événements était belle et bien terminée. La discussion n'était pourtant même pas réellement terminée, mais qu'ajouter de plus à ce qu'elle venait de dire ? Ce qui avait commencé comme un sermon ne semblait être plus qu'une banale discussion sur leur mérite respectifs.







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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Sam 18 Oct - 18:35



« Death »


Le soleil de l'aube brûlait les Enfers, brûlait ce cimetière, brûlait la peau du poète, et le crâne de nacre de la Mort. Jeune, et déjà si ardent, les fleurs et leurs pétales courbaient déjà l'échine face à lui, cet oeil despotique qui, de toute sa hauteur, se joue des Homme et du Mercure. Tout cédait. Rien ne résister. Comme jamais rien ne lui résiste. Pas même leurs lèvres, leurs pensées, leurs paroles, leurs discussions. Avec la nuit, leurs mots s'évanouissaient lentement, redoutant le feu solaire, rendu timide et prévenant sous la chaleur. Surplombant le cimetière de la Mort, et ses milliers et milliers de stèle, de tombe, de caveau, de cercueil, la clarté âcre du soleil sonnait lentement le glas de ce tête à tête funeste. Ce qui avait débuté dans le chaos nocturne, s'achèverait dans l'aube paisible. Mais encore fallait-il menait à terme cette discussion cyclique, qui revenait en boucle, en refrain, toujours au point de départ, se mordant la queue en un cercle vicieux. La faucheuse se voyant comme un monstre, et voyant le poète comme une ordure de première ordre. Le poète voyant la faucheuse comme noble, et se voyant comme enfant légitime des Enfers. L'Homme reflet de la société dans laquelle il vit, pêcheur dans une ville de pêché, sombre dans une cité de ténèbres. Mais leurs visions des choses étaient contraires. Et la Mort s'embourbait dans un violent pessimisme. Elle, déjà sombre et recluse, cachant son visage sous un masque mortuaire d'os et de sinistre, se noyait dans quelques océans de dépression. Elle se disait pas plus noble que lui. Pas plus noble que ce poète frivole, alcoolique, violent, cynique, dépravé, débauché, irresponsable, irrespectueux et sociopathe. Hum, qu'elle cesse ces conneries, la Mort. L'on ne pouvait être que plus noble que ce type, cette raclure, ce déchet, ce paria, cette ordure. L'on ne pouvait être que plus noble qu'un homme qui passe son temps dans les bars. L'on ne pouvait être que plus noble qu'un homme qui vient jouir entre les reins de la première catin qui vient. L'on ne pouvait être que plus noble qu'un homme qui ne prends rien au sérieux, ni même le monde et la damnation, qui ne vit que dans l'anarchie et le vice.

Peut-être n'était-elle pas un exemple de noblesse, la mort. Peut-être n'était-elle pas aussi pure que le poète pouvait l'avancer. Mais au jeu de la noblesse d'âme, la mort n'était pas de taille à lutter contre cet homme. Pas avec ce qu'il est. Pas avec lui. Non, surtout pas avec lui. Car si il n'est pas le grand champion de cette stupide discipline, il n'en est pas moins un grand athlète. St Pierre le confirmerait, de sa balance de justice, celle qui pèse les âmes, accordant l'accès au paradis, ou infligeant la damnation en Enfer. Laquelle de ces deux âmes pèseraient le plus lourd sur sa foutue balance? Celle de ce poète déchu qui n'a eu de cesse de se nourrir d'infamie depuis sa mort, il y a deux-mille ans? Ou la Faucheuse, cette tueuse en série qui n'a jamais connus la vie, seulement la mort, que la mort, uniquement la mort? Le poète s'était reculé après avoir embrassé ce front, cet os, et il avait écouté son discours. Le dernier discours. Le point final de cette confrontation. Oui, peut-être était-il fait l'un pour l'autre... Ah le beau tableau! Ce poète à la manque et ces multiples défaut, aux côtés d'une femme qui ne dévoile jamais la nature de son visage! Somptueux et ironique tableau. Cette pensée amusa le conteur quelques secondes, avant que la suite de ces derniers mots ne viennent. Derniers mots où elle avouait la peur du maître, la peur de leur Roi... Lucifer. Seigneur des Enfers, père du vice et de la déchéance, dresseur des ombres et de la damnation. L'Empereur disparus depuis des décennies. Il ne parvint qu'à murmurer, entre deux phrases de la mort : « Notre Roi n'est plus... » La suite de ces mots le coupe. Son murmure se fane lorsqu'elle clamait ne pas valoir plus que lui. Il se fit muet un instant, tandis qu'elle mettait un terme à tout. Elle ne travaillerais plus sans cette épée de Damoclès au-dessus de la tête... et pourtant, le poète demeurait persuadé qu'elle le ferait même sans cette menace fantôme. Elle n'avait pas conscience de l'importance de son rôle. Elle n'avait pas conscience de son importance, pour le monde de Lucifer, comme pour celui des Hommes. Ces Humains qu'elle chérissait tant. Elle n'avait pas confiance qu'elle sauvait les mondes d'une destruction certaine.

Sa faux était la salvation de trois royaumes.

Mais elle ne lui donna le temps de lui expliquer cela. Elle baissais la tête, reculait, cherchait la faux du regard, sa fidèle faux, sa seule véritable comparse au final. Elle lui tournait le dos. Le matin venant, tout se fanait. Cette discussion. Et elle aussi. Son visage d'os ne laissait percevoir aucun sentiment. Il n'y avait que sa voix pour la tromper, pour tromper ses états d'âme, pour tromper ses émotions, son coeur. Et sa voix était morne. Triste. Sombre. Monotone. La Mort sombrait dans une dépression, accusant de plein fouet les paroles acerbes et nihilistes du poète, qui avait su garder quelques qualités d'orateur, ou visiblement assez pour faire sombrer la faucheuse. Il se mordit l'intérieur de la joue, et recula d'un pas également, se rapprochant de la sortie du cimetière. Ses sourcils se fronçaient. Étrangement, il n'aimait pas cela. Il n'aimait pas cette fin. Il n'aimait pas ce qu'il voyait. Cette Mort lasse et brisée. Sombre et triste. Il n'aimait pas cela. Il n'aimait pas cette fin. Et son regard, honteux, tomba sur l'herbe grasse... et sur le revolver que sa magie avait créée quelques dizaines de minutes auparavant. Revolver que la Faucheuse avait négligemment laissé tombé à terre, après avoir refusé de le tuer.

Il fit un pas vers l'arme, et la saisit entre ses mains. Il n'aimait pas cette fin. Il n'aimait pas cette fin. Il leva l'arme à la hauteur du front de la Mort qui lui tournait le dos. Il visa. Et ses lèvres murmurèrent, afin d'attirer son attention : « Hé, beauté... » Et elle n'eut que trop peu le temps de se retourner. Que trop peu le temps de le voir, et voir le pistolet, et son crachat de feu et de plomb. Que trop peu de temps pour se rendre compte que le poète venait de tuer la Mort, qui s'écroulait, par terre, dans un bruit sourd. Il n'aimait pas cette fin. Et celle qu'il était en train de mettre en scène lui plaisait d'avantage, bien d'avantage.

Elle se réveillerait dans quelques heures sans doute. La mort n'est qu'inconscience en enfer. La mort est éphémère. Elle ne dure que peu, est comme un sommeil involontaire, duquel l'on se réveille avec un vague dans l'esprit, tout au plus. Il l'avait observé, un instant. Et avait, entre ses doigts, fait apparaître un marqueur par quelques vers. Arrachant le bouchon à l'aide de ses dents, il attrape le bras droit de la Faucheuse endormie, et le dénuda en relevant sa manche. A l'intérieur de son avant-bras, il écrivit en lettre de jais, ces mots : « l'équation de l'Apocalypse. » Il laisse alors tomber ce bras, et se relève. Par sa volonté, revolver et crayon disparaissent dans l'éther des ténèbres, tandis qu'il jette un dernier regard à la mort. Même endormie, son visage ne revenait pas. Tant pis... Il ne le verrait pas aujourd'hui. Un demi-sourire, et il tourna les talons, quittant ce cimetière si cher à la faucheuse. Il n'aimait pas cette fin. Mais elle était préférable à celle qui se profilait. Plus dramatique. Plus théâtral. Plus... poétique. La mort de la Mort. Ne manquait que quelques fleurs pour rendre le tableau somptueux, mais le soleil l'éclairant ne le laissait tout de même pas sans une certaine beauté. Elle se réveillera. Elle le détestera. Sa haine pour le poète ne sera que plus grande. Certainement. Mais lui ne faisait qu'espérer. Espérer qu'elle comprendra le fond de sa pensée.

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MessageSujet: Re: The Mighty Magician, The Bony Death   Sam 15 Nov - 21:39






I got a little bit mashed last night



Enfoncée dans sa dépression soudaine, qui avait surgi et envahi son esprit, tel un macabre coup de grisou, les pensées survivantes de Tanatos n'étaient plus d'un océan de négativité qui faisait apparaître les interventions sensorielles du monde hors de son esprit comme de simples bruits étouffés que l'on pouvait facilement ignorer, à l'exception de la chaleur écrasante qui régnait maintenant, sans aucun abri pour lutter contre les rayons zélés du Soleil ou d'ombre pour les fuir.

C'était le seul rappel qu'elle se tenait encore bien en plein milieu des Enfers et non pas dans le néant qui séparait ce monde et celui d'en haut. Pour quelqu'un d'autre, la température ne serait surement pas vue et perçue comme quelque chose d'aussi envahissant et accaparant en cet instant, qui ne correspondait encore qu'à l'aube, bien faible et amicale face à ce qui se préparait pour le zénith, mais il faut savoir que les sorties diurnes faisaient rarement partie de sa vie. Être ainsi exposée à une lumière dont aucun détail ne peut échapper la mettait mal à l'aise au plus haut point et l'insistance dont l'astre solaire semblait faire preuve pour réchauffer sa peau à peine plus chaude que les stèles les entourant n'aidait en rien, bien au contraire. Sa main se posa doucement sur une des pierres tombales, le bout de ses doigts l'effleurant doucement en se rassurant à ce contact rugueux mais frais. Cette sensation familière la ramena à elle, lui rappelant l'existence du cimetière dans lequel elle se trouvait actuellement avec Virgil. Virgil. La faucheuse releva la tête à cette pensée, cherchant la silhouette se démarquant des tombes dans toute sa splendeur désinvolte si insupportable à ses yeux, et qu'elle acceptait pourtant maintenant. La colère qu'elle avait pu éprouver au début de cette nuit n'existait plus qu'en de vieux vestiges au fond de son esprit qu'elle ignorait royalement, bien trop centrée sur elle pour y accorder quelques secondes. Mais cette forme se tenant bien droite dans ce décor si macabre continuait tout de même de se préciser, au fur et à mesure que des considérations autres que la chaleur et sa monstruosité l'emplissait.

Elle laissa ses doigts s'appuyer un peu plus contre la pierre, se raccrochant à ce contact neutre en n'ayant plus qu'une seule envie en tête, celle que Virgil s'en aille pour la laisser se recroqueviller dans un coin quelconque, peut être se réfugier dans le bruit assourdissant et confortable de l'abattoir pour se morfondre sur elle même, fermer les yeux et réussir à s'endormir avec un peu de chance.
N'ayant jamais vécu avec des besoins énergétiques comme les humains, l'apprentie Mort avait parfois essayé de dormir avec curiosité, ne comprenant pas pourquoi la plupart des damnés gardaient cette habitude. L'expérience ne fut pas déplaisante. Presque agréable, bien que ce ne soit surement qu'une sorte d'effet placebo puisqu'elle ne pouvait pas techniquement se sentir vraiment plus reposée qu'avant. Cela ne s'était pas reproduit régulièrement, principalement car son travail l'occupait trop pour qu'elle n'y pense, mais ses pensées y revenaient en cet instant, réclamant soudain un repos bien mérité et plus psychologique que physique.

Je dérive encore, se dit-elle, se le reprochant presque en se rendant compte qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser à des infinités de choses, trouvant toujours un quelconque détail sur lequel s’appesantir, même lorsque la seule chose qu'elle réclamait maintenant était un peu de calme.

Perdue dans un cercle vicieux de pensées prenant bien trop de place, elle n'entendit rien. Pas le cliquètement discret du revolver qui s'était trouvé un nouveau propriétaire. Pas même les bruits de pas se rapprochant dans son dos. Tout était bien trop évident, bien trop réel et concret pour s'en rendre compte. Même la voix de Virgil l'interpellant avec ce qui semblait être ses sarcasmes habituels était trop réelle pour pouvoir exister à ce moment. Mais quelque chose la poussa quand même à se retourner, à le regarder au moins une dernière fois, à poser son regard sur cet homme dont elle ne savait plus quoi penser après une nuit épuisante. Dernière fois ? Bon choix de mot.


Le bruit résonna le premier, dominant tout, allant jusqu'à faire vibrer ses os, trembler ses dents serrées. Il emplit son être jusqu'à donner l'impression de déborder. Toutes les sensations se chevauchaient et se bousculaient pour essayer de rentrer dans son pauvre crâne en train d'exploser. L'odeur écœurante de la poudre emplit ses narines alors que la balle se logeait dans sa cervelle torturée, laissant s'éparpiller des débris de son os frontal dans le fracas ambiant, un acouphène redoutable sonnant dans ses tympans alors que du sang coula le long de sa troisième orbite artisanale et des restes de son cerveau suivirent, portés par ce flot tâchant un de ses os lacrymaux immaculés.
Puis vint le bruit sourd du sol cognant contre son corps qui semblait maintenant si lourd.


Cet amas confus et brouillé de sensations bien plus fortes que quoi que ce soit qu'elle aurait pu ressentir auparavant s'acheva aussi vite qu'il avait commencé, en une seconde à peine.



Le retour brutal fut si surprenant que la Mort se redressa immédiatement. Un vertige la stoppa net, souligné par un sifflement douloureux habitant encore ses tympans, seul vestige de ce qui s'était passé, ainsi que le sol teinté de rouge. Elle resta sagement assise au sol le temps que son envie de vomir se dissipe. Une main remonta jusqu'à son visage, caressant doucement sa joue, comprenant que sa régénération a été plus zélée que prévue a été jusqu'à reconstruire son visage. Ses doigts glissèrent sur cette peau aussi douce et lisse que du marbre, la sensation étant presque étrangère. Ils furent bloqués par la courbe charnue de ses lèvres entrouvertes puis se logèrent dans le creux de son menton avant de glisser sur son cou. L'autre main se leva aussi, cette fois ci dans le mouvement inverse, le long de sa pommette, puis guidée par l'arcade sourcilière jusqu'à l'endroit où le projectile de plomb avait traversé son crâne. Rassurée par cet état des lieux, Tanatos laissa son visage se décomposer à nouveau, baissant les yeux, remarquant l'inscription sur son bras et comprenant la situation dans laquelle elle se trouvait.
Il avait tué la Mort.

Il l'avait tuée.
Elle. Il avait osé.

La fureur l'emplissant rapidement la surprit presque. Et que voulait bien dire cette expression ? Elle inspira longuement pour se calmer et tenter de comprendre le vrai sens des ses mots. L'équation de l'Apocalypse... Que voulait-il dire par là ? Qu'elle faisait partie intégrante du chaos dans lequel ils vivaient ? Ou bien autre chose ? La colère confuse la rattrapant, elle ne voyait pas comment interpréter ces mots énigmatiques et une solution plutôt radicale pour le découvrir titilla son esprit.

Se levant prestement à cette pensée, la Mort repéra et attrapa immédiatement sa faux, ses doigts se serrant successivement sur ce contact si familier et attisant sa haine envers le Poète, ne cherchant même plus à comprendre ce qui avait pu le pousser à... Tuer la Mort. Elle voulait une réponse. Ou plutôt une vengeance à la hauteur de la déception qu'elle ressentait en ce moment. Comment avait-elle pu osé le sur-estimer et le prendre pour quelqu'un de bien mieux que ce qu'il était réellement ? Comment avait-elle pu ne pas voir se profiler un tel affront ?


Propulsée par une énergie nouvelle, oubliant tout de ses questions sur sa noblesse et son mérite relatifs, elle s'élança hors du cimetière tout en se demandant où elle pourrait le trouver. Où traînait-il, à vrai dire ? Au bar d'Adam, aucun doute. Et dans son appartement minable. Ses pieds l'emmenèrent sur le chemin du bar, mais elle hésita un instant. Qu'allait-elle dire et faire en le croisant ?
Encore des questions, trop de questions, se plaignit-elle mentalement avant de reprendre sa route vers une vengeance certaine, l'emmenant jusque devant la porte ouvragée du fameux bar où le Guide passait le plus clair de son temps à se noyer dans l'alcool, et d'autres questions revinrent. Avait-elle vraiment envie d'entendre la réponse au "Pourquoi ?" qui l'assaillait ? Qu'est-ce qui lui prouvait qu'il n'allait pas encore se foutre d'elle comme il l'avait fait tout au long de cette éprouvant nuit fort mouvementée ? Ne devrait-elle pas abandonner pour le moment, au risque d'y perdre encore des plumes ? Le doute resurgit aussi rapidement que la colère l'avait éclipsé, la bloquant devant la porte comme si elle avait oublié comment l'ouvrir. Que faire ?

Après une hésitation interminable, elle tourna les talons. Puis retourna à nouveau en direction de la porte. Ces aller-retour ridicules se terminèrent lorsqu'elle décida de s'asseoir sur le trottoir, juste devant en prenant sa tête entre les mains, laissant ses doigts s'enfoncer dans sa chevelure, de nouveau perdue dans ses pensées. Il n'y avait pas de "bonne" solution. Alors elle remonta à nouveau sa manche et se plongea dans ces mots mystérieux, espérant trouver la réponse après une phase de réflexion assez intense, priant pour que cela tombe du ciel. Si jamais il y avait une réponse.







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