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 Une écorce de St Emilion • Mei

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MessageSujet: Une écorce de St Emilion • Mei   Lun 22 Sep - 21:34



Une écorce de St Emilion

« Invitation à diner »

Sur mes épaules, je déposais un veston sans pli, d'un éclatant noir, saillant à merveille à cette fine carrure qui est mienne. Boutonnant un bouton seulement, la blancheur de nacre de ma chemise n'était pas gâché, ni caché, par la noirceur de ma tenue. J'avais, comme chaque jour en cet enfer, une bien fière allure. J'adressais un sourire à mon reflet, et me retournais vers la jeune catin, à laquelle je tournais le dos jusqu'à présent. Une employée dont je voulais l'avis sur mon habillement. Honteuse de son regard émerveillé, elle inclinait timidement la tête en complimentant ma prestance. Ma main prit la sienne, mon pouce caressant son épiderme. « Je te remercie, Maria. Puisse la soirée t'être agréable. » Le contact de nos peaux se rompit. A l'instant où elle ne pouvait plus voir mon visage, mon sourire tomba. Et je quittais les quartiers qui était sien dans ce bar à hôtesse qui était mien. Je saluais quelques unes de mes investissements, quelques unes de mes filles, les laissant entre les mains de personnes qui, en l'échange du salaire promis, veillerait sur leurs conforts et sécurités. Plus important que les marasmes des prostitués, cette douce soirée serait placé sous le signe d'un diner. Un diner dans le plus somptueux des restaurants de cet univers.

Plus tôt dans la journée, j'avais fait parvenir, par l'intermédiaire d'un enfant qui le sera toujours, une invitation à cette demoiselle. Une invitation la conviant, ce soir, dans l'antre délicate et gastronomique de ce cher William. Signé de mon nom qu'elle ignorait peut-être, et faisant foi de cette impatience que j'avais de partager ce repas avec elle. Mademoiselle O'Connor. Cette présentatrice de journal, travaillant pour cette effroyable censeur d'Attila. Sans doute cette pensée le mettrait hors-de-lui. Et sans doute m'écraserait-il sans la moindre difficulté. Mais, sans doute permis non plus, il ignorait chacune de mes pensées. Ainsi, quel risque encourrais-je donc? Aucun.

L'on me recevait à l'instant où je franchissait la porte de l'établissement. L'on me demandait si une table m'étais réservé. « Gray. Dorian Gray ». Et l'on me guidais alors jusqu'à ma table. Je m'assurais, par quelques mots, que mon invitée serait mené à cette table, lorsque ses lèvres prononceront son nom. De même, je m'assurais que l'on m'apporte un bon vin pour accompagner notre repas. Regardant ma montre, je voyais l'heure venir à grands pas. Et le retard poindre le bout de son nez. La coquetterie des femmes les rends imprévisible. Et leurs beautés résident certainement en ce fait.

Du coin de l'oeil, je vis alors une silhouette se dessiner dans l'embrasure de la porte. Et je ne pu que la reconnaître. Ainsi, elle acceptait mon invitation à diner. Et l'enthousiasme, bien que feins, paraissait sincère sur mon visage, au travers de ce sourire. Je me levais de ma chaise, alors que le serveur tirait son assise pour lui permettre de s'asseoir. Tendant la main afin qu'elle m'offre la sienne, mes yeux aux clartés d'azur croisait son regard. « Je suis ravi de voir que vous avez accepté mon invitation, mademoiselle. Je vous en suis fort reconnaissant. »



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MessageSujet: Re: Une écorce de St Emilion • Mei   Jeu 9 Oct - 23:25






UN CREUX DANS LE VENTRE



Un froissement. Doucereux, le bruit criard frappe contre tes tympans fragiles, le choc parcourant les parois ta boîte crânienne, glissant de ton cortex cérébral pour prendre le chemin de ta colonne vertébrale, laissant l'onde de ton expiration dans l'air, tu frisonnes. Les yeux voilaient de tes paupières restent fixe dans le néant, observant le corps de ta conscience perplexe et probablement effrayer par les termes lu sur ce papier clair : Rendez-vous. Ou plutôt ''dîner'', mais pour toi l'idée est là, présente et bien faite. C'est une personne qui t'invite de façon, semblerait-il, innocente. Semblerait-il par courtoisie, une simple rencontre. Oui rencontre, car le nom signé t'est tout à fait inconnu... Et puis de toute évidence ces nouvelles lettres t'importent vraiment peu au fond. Un nouveau visage ? Qu'est-ce que ça t'apporterait dans cette mort livide ? Rien. Absolument rien. En bout de chemin, la réflexion faite, c'est surement encore une audace d'un fan. Une petite folie, le coeur battant trop fort. Au final, tu n'arrives pas à ressentir autre chose que cette mollesse. C'est blasant. Et puis, peut-être aussi ce picotement au creux de ta gorge, ce truc qui la sert, la tiraille comme la peur. Les images de ce regard méprisant te sautent à l'esprit, le goût de la cerise et de l'amande amer te tapisse la langue. Terreur.

La lumière de ta loge t'irrite la rétine, laissant un spectre blanc, aussi blanc que ce papier terrifiant. La face maussade tu t'observes. La peau terne, les yeux inexpressif, y'a juste cet éclat froid d'acier qui s'appose contre ta peau vierge. Les épaules frémissantes, les doigts qui s'agitent sur la feuille, le craquement des plies, du bout des phalanges tu t'apprêtes à déchirer cette énormité... Mais un truc t'arrête. Une force. Tu ne sais pas trop quoi. C'est comme... ton apocalypse. Le dernier jour...

Attirance. Crainte. Y'a cette étrange couple qui bouillonne dans ton enveloppe charnelle. C'est violent et mesquin, alors, t'arrive pas à franchir le cape. T’arrive pas à serrer plus ton étreinte sur le papier, puis à tirer, faire partir en lambeau ce truc qui te dégoûte et t'effraie.

Ça recommence…
C’est comme le dernier jour…


• • •

Ça fait peut-être un quart d'heure que t'attend de l'autre côté du trottoir, en face du restaurant très chic où tu es conviée. T'es là et tu regardes à travers les vitres luisantes. T'hésite. Tu observes et tel un fantôme, ta carcasse enroulée dans un riche manteau de fourrure noire, n'est que transparence dans l'atmosphère, les gens passent devant toi sans un regard. Et là, tout de suite une multitude de questions te traversent la tête, piquantes. La première étant '' Pourquoi t'es là ? Pourquoi t'es venu jusque là ? '', et ton coeur moqueur sent un truc. Un machin qui cloche. Un bidule mauvais, un bidule malin.

C’est nauséabond.

Mais t'es là. Le destin suit même dans la mort semblerait-il. Tout ça ressemblant à un très mauvais conte de fée. Mais bon, ça te blase, ça te fait plus grand-chose. C'est fade et tu te sens vide. Ouais... C'est peut-être pour ça que t'es là. Pour voir si t'es toujours vivante. Pour te remplir. Te remplir d'une quelconque façon.

Ca fait combien temps que t’as pas touché à de la bouffe, Mei ?

L’heure tourne.
Les pas avancent.

Tu traverses la porte le dos droit, la posture de belle milady, la façade de bonne famille aux manières perfectionnistes, tu imposes ta silhouette. Aussitôt on te demande ton nom et si on peut te débarrasser.

▬ Mei O’Connor.

Le serveur te gratifiant d'une courbette, il s'encombre de ton habit, celui-ci dévoilant ton corps fin serré dans une robe corset noir, découvrant tes jambes perchées sur des escarpins trop hauts pour toi. Main sur la hanche, tu laisses ballant tes cheveux trop lisses, trop plat... trop toi. Et du coin de l'oeil tu as l'impression de reconnaitre tout de suite ton admirateur aux courbes manuscrites énigmatiques. Dans ton habit de deuil qui accentu ton côté cadavérique, tu te laisses mener, la marche royale vers cet homme inconnu à la stature... fort charismatique il faut l'avouer.

▬ Alors c’est vous Dorian Grey, laisse tu passer d’entre tes lèvres, pinçante, sans un bonjour, alors que tu lèves ta main par courtoisie, pour un salut bourgeois, stéréotypé, … Enchantée.
▬ Je suis ravi de voir que vous avez accepté mon invitation, mademoiselle. Je vous en suis fort reconnaissant.
▬ Fort heureuse pour vous.

Tu t'assois.

L'éclat d'azur plaisancier de ton interlocuteur s'entrechoque avec le mur d'acier de tes propres prunelles, laissant autour de ton essence une atmosphère frigide, glaciale et grinçante, tout ton corps et ton coeur semblant hermétique à la bonne humeur dégagée par ce curieux personnage. Les jambes croisées sous la table, bien droite et jouant distraitement avec une mèche de tes cheveux corbeaux, tu sondes le visage finement dessinée de l'autre, cherchant l'erreur.

▬ Pourquoi cette invitation, Monsieur Gray ?

Et tu ne tournes pas autour du pot. Non, jamais. Tu sens un truc. Tu tiens un truc.
Ou le truc te tient.






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Dernière édition par Mei L. O'Connor le Lun 10 Nov - 21:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une écorce de St Emilion • Mei   Sam 18 Oct - 15:18



Une écorce de St Emilion

« Courtoisie, et une once de fascination »

La demoiselle portait, sur un visage de velours, un masque de fer peu avenant, métal fondu dans quelques glaces antarctiques, qui ne lui sayait, au final, que fort bien. Cette aura lui octroyait quelque chose de sublime qui ne me déplaisait. Une belle dame, digne et distingué, faisant mine d'une auguste noblesse, comme je pouvais les apprécier. Ce dîner ne manquerait, assurément, pas de faire de cette soirée un bien doux moment. Mes yeux d'azur se perdirent un instant dans les ondulations qu'elle infligeait à sa sombre chevelure, retrouvant le chemin de son regard d'acier lorsque ses lèvres se mouvèrent en parole. Tranchant dans le vive du sujet, elle serait sans doute parvenu à déstabiliser plus d'un interlocuteur. Mais je ne faisais, et ne demeure, pas dans cette liste. Elle n'eut que mon sourire comme première réponse, tandis qu'un serveur venait, dans nos deux verres, verser la liqueur bordeaux d'un Saint-Emilion, millésime de 1961 à en croire l'appellation. « Courtoisie »  Mes doigts entourèrent le pied cristallin de ma coupe, le levant pour en toaster la dame, comme l'on pouvait le dire au 18ème siècle, bien que les contemporains de notre moderne époque préfère l'expression "porter un toast". « Je ne saurais que vous le dire franchement, mademoiselle O'Connor, tout ceci n'est que simple... courtoisie ». Mon regard prit un instant le sien, tandis que mes lèvres s'imprégnaient de ce vin délicat.

Mon palais s'enivrait de ce vin pour en goûter les diverses subtilités, tandis que je reposais mon verre pour en revenir à elle qui, après quelques gorgées et quelques paroles, se montrerait, peut-être, moins hermétique à ce repas, à une conversation, à ma présence et à ma personne. « Je ne sais que trop bien ce que vous devez penser de tout cela, ou plutôt, j'imagine que je ne suis pas le premier à implorer votre présence autour d'une table, à vous supplier de me faire l'honneur d'un rendez-vous... ». Mon regard englobe un instant la grandeur de la salle de réception de ce restaurant, dont l'atmosphère se fait pleine de saveur flottante. [color=Goldenrod]« J'espère cependant me démarquer de mes prédécesseurs en vous invitant dans un tel lieu, et en faisant de cette soirée une source de confort et de joie pour votre cœur... » Un sourire vint sur mes lèvres, qui ne prononçaient mots pour quelques secondes, et mes doigts firent toujours d'un quart la bouteille de vin, pour m'en laisser voir l'étiquette, vérifiant l'année de production. « J'ai pris la liberté de nous demander ce vin. Je ne suis certes pas un fin connaisseur, mais j'ai souvenir que l'année 1961 fût une année d'excellente crue. J'espère qu'il sera à votre goût. »

Du coin de l'oeil, je voyais un serveur s'agiter, tandis que l'on lui donner deux assiettes avant de pointer notre direction du doigt. Notre entrée, selon le service à la russe qui était de rigueur en ce restaurant, semblait être prête à venir se poser sur notre table. Mais mon attention s'en revint à la demoiselle de noir vêtu, élégante et pourtant si distante. « Voyez-vous, je n'ai de cesse de vous entrevoir sur un écran de télévision qui, à mes yeux, ternis tout ce qu'il y a de plus somptueux. Tout ce qu'il y a de plus somptueux, sauf vous. Ainsi, bien que j'eus crainte que tel magnificence ne cause quelques irrémédiables problèmes à ma vue par son éclat, je me suis dis que je ne pouvais décemment attendre plus longtemps pour vous rencontrer ». La flatterie accompagna alors les deux assiettes que l'on posa face à nous. Deux assiettes garnies d'une salade verte, quelques tomates cerise, et des toast de pain grillé. Le centre du plat était occupé, quant à lui, par un bocal, que l'on nous présentait comme enferment une terrine de foie gras au fromage fouetté. Je pris à nouveau du regard ma convive, en murmura en un sourire : « Bon appétit ».

J'ouvris alors ce bocal de verre, sans pour autant me saisir de mes couverts. La vertu et la bienséance ne tolérerais sans doute pas que l'homme se jette ainsi sur un plat devant une noble demoiselle. Je lui retournais à nouveau mon regard, observant, alors que ses yeux n'étaient pas dans les miens, quelques instants. Tout n'était qu'apparence. Tout n'était... qu'appât. « Fascination donc, et Courtoisie, sont sans doute les noms des "pourquoi" que vous recherchez probablement depuis que vous eusse pus lire mon invitation... les noms des "pourquoi" qui ont rendu l'écriture de ce billet nécessaire, qui m'ont fait penser qu'il serait agréable de faire votre connaissance, mademoiselle. » La lame de mon couteau pénétra dans la chair de cette fameuse terrine, et un nouveau sourire vint sur mes lèvres, plus doux, plus charmant, touche d'humour déposé sur un visage de satin « N'ayez crainte cependant, je connais ma tendance à parler parfois un peu trop... Je vous promet de faire en sorte que mes réponses ne soient pas toujours si longue que celle-ci.» Un éclat rieur dans les yeux, et le vin, à nouveau.



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MessageSujet: Re: Une écorce de St Emilion • Mei   Sam 22 Nov - 10:35






UN CREUX DANS LE VENTRE



Les yeux clignent quelquefois, volatile. Si tu le pouvais, tu bâillerrai devant tant de verve, mais tes manières de jeune fille de bonne famille te l'interdisent, et puis tu n'es pas ingrate au point de bafouer une invitation dans un lieu de prestige, même si celle-ci s'annonce fade quand le mot "courtoisie" raisonne dans la gorge du charmant gentleman au nom qui furtivement, un instant, te taquine le cortex. Vaguement, après mince réflexion il te semble l'avoir déjà entendu quelque part... ou lu en une page dissemblable au billet qu'il t'a transmit. Mais, qu'importe.

▬ Je fais entièrement confiance en vos choix... Et je dois admettre que je n'ai jamais bu une goutte de vin... A mon époque, dans mon Pays cela n'était pas un alcool courant... Cela sera une première !

T'es mots se suivent d'un léger sourire, faisant craquer la glace de ton visage un court moment. Tu ne tiens pas à donner une image trop rigide de toi, même si cela aurait été la solution la plus simple pour défendre ton être. A tout ces inconnus qui se pressent sur des lignes et des paroles douçâtres, tu ne veux pas qu'ils s'immiscent trop dans tes secrets. Tu ne veux pas qu'ils cherchent trop à savoir pourquoi tant de morosité sur un visage si fin, pouvant probablement porter un minois heureux. Alors il faut jouer...
A demi-visage

La flatterie chaleureuse de l'homme te fait tout de même un petit quelque chose au creux du coeur. Tant de délicatesse et sans lourdeur ne te laisse pas indifférente, mais tu préfères ne pas trop le montrer, cependant tu laisses tout de même un temps ton regard gris pétillé d'un peu de malice, prenant par la même occasion une gorgée de vin, liquide qui te sembla d'ailleurs bien acre et t'aurais presque fait faire la grimace si tu avais été seule. De plus... L'année 1961 te fait tiquer. Tout comme le gout acre et les tomates cerises qui se trouvent dans ton assiette. Mais tu ne relèves pas, préférant repousser ton passé dans les abysses lointaine de ta mémoire.

Par contre, ce qui se trouve être fort fâcheux, c'est le fait d'avoir complètement oublié comment on tenait une fourchette et un couteau... En bien trente années que tu es ici, tu n'as pas touché une seule fois à de la nourriture, et de ce fait, les principes de ce qui a fait de l'Homme un être supérieur aux animaux, te sont désormais totalement étrangers. Et cela te met fortement dans l'embarra. Tu n'as donc pas d'autre choix de mimer les gestes de ton hôte. Si avouer ta totale non connaissance en vin ne te dérange en rien, avouer que tu n'es plus capable de tenir fourchette et couteau est absolument impensable ! Et vraiment honteux.

▬ Ne vous inquiétez pas très cher, vous écouter n'est en rien ennuyeux, bien au contraire... Même si les raisons de votre invitation me sont encore quelque peu étrangères, voir même un peu fantasques. Je n'ai absolument aucun intérêt en cette société, ahah..., je ne suis qu'une humble présentatrice télévisée. Me connaitre est bien futile.

Tu joues vaguement la modeste personnalité, même si tu sais très bien que tout ce que tu dis est aussi vrai que la "courtoisie" que le loup suggère. Ici, en ce bas monde, c'est toi l'instigatrice de la 'vérité', c'est toi qui diffuse l'information, c'est toi qui modèle ce que le monde doit croire... Même si la mauvaise blague d'il y a quelques jours te reste un peu en travers de la gorge. Mais cela ne change en rien que c'est toi, qui manipule de haut de tes bureaux, le petit esprit de chaque être un peu trop crédule. Mais tout ceci sous la coupe de la montagne colérique... Ne l'oublions pas.

▬ Mais, outre ceci, votre personne semble bien me dire quelque chose... Je pense que votre nom ne me soit pas totalement inconnu. Je crois même avoir vu votre nom inscrit autre part que sur votre billet, il y a fort longtemps... Dans un livre peut-être ?

Plus son nom se répète dans ta tête, et plus tu le détails, plus quelques fragments d'une mémoire passée reviennent à la surface, laissant quelque brides et images d'un livre à la couverture de cuir et aux pages jaunit par le temps. Dorian Gray... Grand séducteur, n'est-ce pas ?





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MessageSujet: Re: Une écorce de St Emilion • Mei   Lun 1 Déc - 20:58



Une écorce de St Emilion

« Grand Cru de littérature Irlandaise »

Cette modestie avait ce délice qui n'avait d'égal que les saveurs de ce bon vin, ce vin à la robe d'un exquis bordeaux, qui flattait les papilles qu'il venait caresser, charmer, embrasser. Je me souvenais de cette année. De l'année 1961. En enfers, les bouteilles avaient été empressement déposer dans les caves, pour laisser le fruit vieillir, comme dirait les œnologues. Quel bonheur alors de sentir ses arômes envahir cette tablée, par effluves et parfums, partagé avec cette femme que le monde Luciférien dévoré des yeux, aux travers un écran de technologie qui, bien qu'ayant l'éclat du progrès, n'avait pas le charme de l'ancien temps. Je laissais mon odorat se perdre dans les odeurs de cette boisson issu de prestigieux vignobles, en écoutant la voix doucereuse de mon invitée. Et sa modestie me tirait un sourire fin, tandis que mes paupières se soulevait pour dévoiler le gris de mes yeux. Alors que couler les fines eaux des vignobles de France dans mon œsophage, ma voix se mêlait à la symphonie des Valkyries qui émanait des cuisines lorsque les portes s'ouvrirent une fraction de seconde, laissant un serveur entrer dans la pièce avec quelques plats chauds pour une autre table. « Aucun intérêt dites-vous? Ma chère, vous sous-estimez votre statut. Il est pourtant essentiel à notre société, cette société tendant à la dictature sous l'influence de votre patron. Ce dernier ne vous a-t-il jamais fais part de cette importance que vous avez donc? Vous êtes une pièce importante de son échiquier, bien plus importante que vous ne semblez le penser. » Je portais alors le foie gras, déposé sur une tartine légèrement grillé, entre mes lèvres, soutenant le regard de ma convive. Le restaurant de Cerbère n'avait de cesse que d'honorer sa réputation. La gastronomie la plus pure, la plus auguste.

Je déposais mes couverts de chaque côté de mon assiette, attendant d'avoir déguster ce fragment de délice pour ajouter, non sans une pointe d'humour : « J'ose espérer cependant que vous n'irez pas rapporter chacun de mes propos à ce bon Attila. Non pas que je crains sa colère, mais je préférerais tout de même ne pas avoir à... souffrir de sa rancœur. » Pointe d'humour se soldant par un nouveau sourire sur mon visage de nacre entouré par cette chevelure d'ébène. Puis je lui laissais la parole, après que la symphonie de Wagner ai à nouveau percé l'antre du cuisinier de renom. Mon nom semblait titiller ses souvenirs, et je voyais, à travers ses prunelles presque éteintes, la réflexion bousculer son intellect que nul n'oserait sous-estimer. Je voyais, sur son visage aux multiples facettes, masqué par le rôle de notre comédie humaine, le travail de mémoire s'accomplir. Dorian Gray, souviens-toi, Mei O'Connor. Je suis un chef d'oeuvre de la littérature, la Joconde de cet auteur Irlandais, je suis Dorian Gray. Et je hante les rayons de bibliothèque, je nourris les érudits. Un livre, oui, c'est cela. Je suis un héros romantique. Dorian. Gray. « Vous n'êtes pas la première personne à me poser cette question. Et vous ne serez certainement pas la dernière, à n'en pas douter... ». Je prends entre mes doigts le verre à pied, contenant le vin, dans son écrin d'un rouge brun, d'un rouge sang. « En effet, le monde retient mon nom grâce à mon ami, monsieur Wilde. Oscar, comme je le nommais alors à l'époque. Je suis l'homme ayant suscité, dans son esprit d'un sombre imaginaire, le fantasme de cet homme ne vieillissant pas, et dont seul le portrait souffre des blessures du Temps. Mais c'est une bien longue histoire, je ne voudrais pas vous faire subir le récit de cette rencontre, qui impliquerais alors le récit de ma mort. » Et je porte alors à nouveau la liqueur entre mes lèvres, posant ensuite le pied sur la table, prenant gare à ce qu'il ne vienne pas claquer contre celle-ci.

Attrapant la serviette de nacre entre mes lèvres, je m'essuie les lèvres qui se sont vu imprégné par le rouge de ce bon vin. « L'avez lu...? Le livre de Wilde? Ce fameux "Portrait de Dorian Gray"? ». Il est vrai que j'en ai moi-même fait la lecture, bien que ma mort est précédé sa publication. Quelle surprise de voir que ma vie, mon visage, mon aura, ma mort, avait poussé mon ami dans les grandes sphères de la littérature. Quelle surprise de le voir apparaître, dans ce roman, sous le nom de Lord Henry. Quelle surprise d'entendre, moi qui suit mort si jeune, sans ne rien accomplir de majestueux de mon vivant, mon non, sur tant de lèvre. Moi, donc le récit fantasmé de mon existence à fait de l'ombre, lors des premières années de parution, au Dracula de Stocker. Moi, que l'on trouvais, et que certains trouve encore, plus fascinant que le Vampire des Carpates. Que pensait-elle, elle, cette chère Mei, de mon avatar littéraire? Quel visage préfères-tu? Celui qui se tient devant toi, Mei? Ou celui qui est décrit par l'encre d'Oscar?



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MessageSujet: Re: Une écorce de St Emilion • Mei   Sam 3 Jan - 22:27






UN CREUX DANS LE VENTRE



Le long de ton dos tu sens un frisson léger grimper ton échine. Les yeux de l’autre te fixent plus que de raison et malgré ton armure de glace tu sens un malaise grandissant au sein de ton ventre. Sur ce visage aux courbes fines et trop parfaites il y a quelque chose de particulièrement dérangeant qui t’empêche de trouver ce personnage sympathique. Il y a ce petit truc qui rend la chose presque malsaine. Cette beauté douce, ces manières de gentlemen, cet idéal. Il n’y a pas à dire, il doit bien y avoir quelque chose qui cloche, et cette chose ça se sent à mille. Ça sent mauvais. Mais t’arrive pas à savoir quand ça va arriver, ni comment, ni où… Tu te demandes même si tu t’en rendras compte.

Plus les mots s’évaporent dans l’atmosphère luxueuse du restaurant, plus tu sens cette chose sur le bout de la langue de ce cher Dorian Gray. Cette chose pressante qu’est la question, où de temps en temps cela te fait tiquer. Tu aimes moyennement qu’on parle de ton boss. Non pas que tu ne l’aimes pas, mais il se trouve être un sujet particulièrement gênant à ta personne. Ce très cher Attila est pour toi une chose très complexe qui te fait pencher entre haine et appréciation. Et cette sensation de ne pas être sûr de toi t’agace.

▬ ahah… Vous savez Monsieur n’est pas un personnage au compliment facile. Il ne s’embarrasse pas des choses futiles… Mais ne vous inquiétez pas, j’ai beau être dans les sphères… de l’hypocrisie, je ne dénoncerais pas vos mots… Je n’en vois nullement l’intérêt.

Sur les derniers mots tu laisses retentir un petit rire d’une chaleur presque malsaine. Il n’est pas là pour marquer une quelconque stupidité ou faiblesse féminine, mais plutôt pour faire ressentir une certaine moquerie dans les mots, car oui, Mei, t’es mots sont moqueurs… Tu sais qui tu es Mei, enfin du moins tu sais la façade qui se présente à tous, tu sais de quoi tu es capable. Si tu n’es pas là au près de Dieu ou d’une quelconque autre entité Divine, c’est parce que tu n’es pas blanche Mei…

Mais passons ce jeu dangereux que le Dandy semble vouloir instaurer… oublie un instant.

▬ L'oeuvre de Wilde ? humm... Disons que je ne l'ai jamais vraiment lu. En fait, quand j'étais plus jeune, il y a fort longtemps... Mon père était un passionné de littérature, et comme il était très attaché à ses plaines irlandaises, il était tout naturel qu'il ait lu ce livre d'une part, et d'autre part il voulait transmettre tout son savoir à son unique enfant... Donc dans un sens je l'ai plus ou moins lu. Il était vraiment... Comment dire... fasciné par les personnages, surtout le votre. Il établissait même des théories philosophique et psychologique sur votre mode de vie, ahah... ne le prenez pas mal Monsieur Gray... Mais de mes yeux d'enfant j'avais l'impression qu'on me faisait plutôt la description d'un dangereux prédateur... D'un odieux personnage terriblement malsaine et dépravée. D'ailleurs c'est surement pour ça que je n'ai jamais voulu le lire. J'en connaissais surement que trop bien l'essence. Mais je parle trop, ahah... Et je vois bien que je me suis trompée sur ce portrait ! En face de moi je vois une agréable personne très distinguée. Et non pas une bête de foire.

Sur cette tirade du passé aux piques acérés, tu laisses un sourire qui plisse tes yeux. Tu en ressemblerais presque à un chat, oui, ces bêtes mesquines. Elles semblent douces et câlines, mais au fond ce n'est que noirceur et hypocrisie, tout ceci pour tirer les situations à leur avantage.

Le plus délicatement possible, tu mimes les gestes de celui d'en face pour déposer le foie gras sur une tranche de tartine grillée en essayant de faire en sorte que ta main ne tremble pas trop.


▬ Ceci... a l'air fort appétissant...

Foutaise. Ca te donne envie de vomir. T'as un truc dans le bide qui te donne la nausée.





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MessageSujet: Re: Une écorce de St Emilion • Mei   Sam 24 Jan - 22:42



Une écorce de St Emilion

« Mensonge de plume »

Mon ami, doux ami... quel portrait dresse de moi ton œuvre trop célèbre? Cette œuvre, passionnante certes, mais félonne. Félonne car trahissait les secrets de mes noirs désirs. Henry, ou Oscar plutôt, parfois, je regrette que nos morts ne soient pas survenu dans les mêmes minutes. Le Portrait de Dorian Gray ne serait pas, où ne serait que dans les méandres de ton esprit littéraire, et ma figure serait plus discrète. A-tu entendus les paroles de cette jeune femme? A-tu regardé par le trou de la serrure fermant la porte de ses souvenirs? Dans son enfance, elle me voyait comme un odieux personnage. Un être dangereux. Malsain et dépravé... Moi, l'homme de goût, la caresse sur une épiderme frissonnante. Heureusement, il n'existe de meilleur moyen de cacher une terrible vérité, que de la dévoiler toute entière, de la semer à tout vent. Et ton œuvre, devient tissu de mensonge. Et rien ne facilite mieux mes affaires.

« Je dois avouer que, face à cette œuvre, je fût le premier surpris. Je ne pensais pas que ma mort, et ma fascination pour cette peinture qui fût faite de moi, puisse stimuler la plume d'un si bon auteur que Monsieur Wilde. C'est flatteur dans un sens. Bien qu'il se soit attribué ma personne, l'ai remodelé, pour créer un personnage des plus sombres, c'est tout à fait flatteur. Comme votre fascination de votre père d'ailleurs. Je me demande bien quelles théories philosophiques les Hommes ont pu faire de mon avatar littéraire... »

Un sourire au coin des lèvres, et une nouvelle gorgée de vin. Je continuais de déguster cette entrée, créant le contact avec elle, avec mon invitée, parfois, par des regards se rencontrant. Il me plaisait de l'entendre rire. Mais si son rire avait... quelque chose brisant son cristallin. Tout cela, véritablement, me plaisait. Ce dîner, l'opulence de ce restaurant, et la compagnie qu'elle me faisait de sa personne. Mes prunelles se souviendront, longtemps sans doute, de ce sourire plissant ses yeux. Et du chat qui se tenait, dans un temps éphémère, devant moi. Mes lèvres ne s'étiraient que davantage. Elle est... amusante.

« Je suis, en tout cas, sincèrement désolé d'avoir hanté votre jeunesse. Je me permet d'espérer que le Dorian Gray de ce roman ne vous a pas fais cauchemarder... »

Ma voix se faisait plus douce encore. Il s'agissait de la mettre en confiance. Une invitation anonyme était déjà... déroutante. Une invitation anonyme était une invitation à demeurer sur ses gardes. Fermer barrière et faire tomber les herses, se faire méfiant face à l'admirateur secret. Ouvrir ces barrières, lever ces herses, tel était mon dessein. Pour pénétrer la forteresse de cette femme. La presse entre mes mains. La faire devenir agrume, agrume dont il me faut extraire le jus.

« Notre chère Cerbère est un fameux cuisinier, c'est indéniable. Le meilleur des Enfers. Et peut-être même pourrait-il, sans problème, prétendre au titre de plus grand Chef sur la terre des vivants, si seulement il lui était permis de retourner en ce monde là... Ah, quelle réussite tout de même pour lui. Dire qu'il n'était, pas plus tard que quelques millénaires, rien d'autre que le toutou de sa majesté. »

Un rire m'échappait alors, tandis que je l'étranglais en portant la blanche serviette à mes lèvres. Ce trait d'humour donnait l'impression d'une parole trop vite prononcé. Un trait d'humour partant du cœur vers les lèvres, sans flirter avec la raison. Un trait d'humour, apaisant l'atmosphère.

« Excusez mon inconvenance, je vous prie. Qui suis-je donc pour rire des magistrats de Lucifer...? »



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Une écorce de St Emilion • Mei

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