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 Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]

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MessageSujet: Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]   Mar 3 Fév - 21:22


All the reminders...

Josh & Tiky

♪ Il y a deux ans.

Tu m'as peut-être oublié mais moi, je ne t'oublie pas.
La phrase lui tourne en boucle dans le crâne, comme le liquide ambré tourne au fond de son verre. Un tour, un autre tour, mais toujours cette même saveur, cette même signification. Cette perdition tangible.
Il était là. Il était mort. Lui aussi.
L'effroyable constat l'avait frappé mieux qu'il ne l'aurait fait. Un coup en plein ventre, un autre en pleine figure et puis ce silence, assourdissant, qui fait oublier la foule tout autour et vous laisse sonné.
L'image lui revient régulièrement à l'esprit. En fait, elle ne le quitte pas.

C'était un soir - après une garde de plusieurs heures vides et ennuyeuses - où il avait eu besoin d'un verre, encore un. Un de ces soirs où on a envie d'un corps, de décharger sa colère pour en emplir quelqu'un d'autre. De ces soirs où ses pas le trainaient sans conscience vers un bar de l'un ou l'autre quartier, allant généralement au plus près, parfois divaguant assez longtemps pour rejoindre le plus éloigné. C'était un soir - un de ceux où l'on bouillonne trop pour ne pas s’apaiser tôt - où il s'était perdu dans le Quartier de l'Envie, fondu dans la foule opaque des dernières heures du jour.
Le Pub était à quelques pas de l'escalator menant au second étage du centre commercial. Du moins, c'était l'entrée que Joshua favorisait : le passage du monde lumineux des boutiques à celui sombre, tamisé et d'ébène du Pub lui rappelait métaphoriquement sa mort. Puis il y avait ce mélange d'odeurs, aussi, qui l'envoûtait subtilement. Les parfums des femmes se mêlant à celui d'alcools lui offraient comme la promesse d'une nuit moins solitaire. Tout ce dont il avait besoin se trouvait autour de lui.
La barre en métal doré, usé à en sembler de cuivre, le sortit de ses pensées lorsqu'il y posa les doigts afin pousser la porte. Son reflet dans la vitre de celle-ci le fit frémir : les cernes, sous ses yeux, les faisaient apparaître encore plus lumineux.
« Joshua ! Ca faisait un moment, mon gars.
Le patron, rarement présent derrière le comptoir, lui adressa un sourire sympathique. Qui s'amenuisa, un peu, peu à peu, jusqu'à ne plus être avant de redevenir : l'esprit du vendeur en lui, sans doute.
- Tu tires une de ces têtes...Allez, viens t'asseoir. Qu'est-ce qu'on t’sert ? »
Mais Joshua ne répondit pas. Il en aurait été bien incapable. Il y avait ce nouveau serveur - le pompier en était sûr, c'était un nouveau serveur de par sa tenue, déjà, et puis - qui d'un échange de regard aussi bref qu'un cillement avait figé Joshua, le transformant en une statue de sel prête à se fissurer de part en part.
C'est du moins ce qu'aurait fait la douleur si elle avait pu le tuer encore une fois. Il lui sembla que sa gorge n’avait jamais été aussi sèche, son univers jamais aussi froid.
Et Tiky, face à lui, n’avait jamais été aussi insondable. Un parfait inconnu, ce qu’il était pour lui. Ce qu’ils étaient redevenus l’un pour l’autre, plus l’un que l’autre.
La porte s’était refermée sur l’ombre de l’homme qui n’avait pas fui en courant, non, mais au ralentit. Il avait fallu que tout redémarre après avoir accusé le coup. Les excuses s’étaient échappées de lui : « Pardon, j’avais oublié un rendez-vous, un autre soir sans doute, à bientôt » - le son de sa voix qui lui parut être celle d’un autre, cet autre que ni Tiky ni lui ne connaissent. Même ses pas, lourds, firent du bruit, ce qu’ils ne faisaient jamais. Ça avait raisonné en lui, comme dans une caverne vide.

La suite se brouille dans le tourbillon noircissant l’œil du cyclone qui tourne, tourne encore dans son verre. Les glaçons ont tous fondu. Les clients aussi, sans doute, car les tabourets sont vides et la lumières qui ne lui arrivait qu’en passant entre deux corps l’illumine, lui assis dans un recoin du bar désert.
Il ne sont plus que deux. Le nouveau serveur devenu ancien, depuis ces deux années de silence écoulé.
Quelle heure est-il ? Cela a assez duré.
« J’devrai te buter, espèce de putain d’enfoiré d’Tikiero. »
Le whisky brille sur le comptoir où le verre a claqué, comme un coup de poing : le combat qui reprend enfin. Là où il s'était arrêté.

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MessageSujet: Re: Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]   Jeu 5 Fév - 10:10



❝ I'm an Animal ❞


Les Enfers avaient été un sacré recommencement pour moi. Ou plutôt, un commencement tout court. C’était comme naître une seconde fois, mais avoir déjà pleine conscience de ses actes et de ses pensées. Se réveiller un beau jour à vingt-neuf et se dire qu’on a une toute nouvelle vie devant soi. Bon certes, une vie aux Enfers n’est peut-être pas l’idéal de bien des plébéiens mais pour moi elle équivalait à une nouvelle chance. Dangereuse et malfamée, mais c’était sans doute ce qui me convenait le mieux. Terminé le professeur d’espagnol qui passait ses journées à courtiser les étudiantes – ou les femmes plus mûres le soir ; terminé les souvenirs douloureux d’un homme aux cheveux flamboyants qui avait été toute ma raison, avant que l’on ne se sépare et qu’il ne décide de s’emmouracher lui-même d’un étudiant ; je n’aurais plus à me souvenir qu’il s’était suicidé peu après, ni que cela m’avait fait l’effet d’un pieu en plein torse. Non, je n’avais plus à me souvenir de lui. D’ailleurs, de quoi devais-je me souvenir ? Et aujourd’hui, hormis de brèves esquisses lors de moments d’égarements, je considérais ce passé comme ne m’appartenant plus. J’avais de nouveaux jours à rencontrer, des souvenirs à forger, et la gorge amère parfois de me rendre compte qu’une partie de moi avait été volée sans que je ne m’en rende compte.

Il était là. Je l’avais vu la première fois six mois après mon arrivée au monde souterrain, lors de mes débuts en compagnie d’Adam dans le pub Général qu’il tenait au cœur des quartiers de l’envie ; une sacrée couverture et un sacré ami que je m’étais fait ici. J’occupais à la fois le rôle de serveur, quand nos demoiselles étaient trop occupées à supporter le gringue de clients alcoolisés, et celui de barman quand on me permettait de souffler un peu plutôt que de courir partout. Je préférais largement voir leurs longues jambes sous leurs jupes (trop) courtes s’activer entre les chaises et les tables de derrière le comptoir. C’était d’ailleurs près de celui-ci qu’était appuyé cet homme la première fois. Un bref instant, une brève minute, un court moment avant qu’il ne s’enfuit à reculons en bredouillant on ne savait pas trop quelle excuse. Un sacré choc pour moi. Une surprise pour mo, qui ne le connaissait ni d’ève ni d’adam, et qui échangeai alors un regard incompréhensif à mon collègue : quelque chose n’allait pas avec ce client ? Et j’avais beau me creuser le cœur et l’esprit, je ne comprenais pas pourquoi une telle réaction : sans doute s’était-il rendu compte que sa concubine l’attendait chez eux ? Ou qu’il avait oublié de faire quelque chose d’important ? Dans tous les cas, l’idée que cela puisse venir de moi ne m’effleura pas l’esprit un seul instant. Je ne l’avais jamais vu, je n’avais jamais eu le moindre contrat sur sa tête, et je ne le revis d’ailleurs pas avant une, puis deux longues années coincé dans l’arrière train du monde.

J’observais soigneusement les verres que j’étais en train d’essuyer, avant de les ranger méthodiquement à leur place attribuée. L’heure était bien avancée et, même si nous n’éprouvions plus le besoin de dormir ou de boire ici, le pub se désemplissait peu à peu au rythme de la nuit. Quelques habitués restaient encore, à siroter le dernier verre ou se noyer dans les souvenirs de leur vie précédente. Je saluai d’un signe de la tête l’une des serveuses qui passa devant le comptoir pour rentrer chez elle, une fois son service terminé ; elle m’adressa un baiser de sa main puis disparu par la lourde porte d’entrée. Le quotidien de l’endroit. Les odeurs d’alcool et d’ambre, de tabac et de musc, de transpiration et de folie. Le bois du comptoir, le raclement des chaises, la souplesse des tissus et le tamisé des lumières. Je connaissais désormais cet endroit par cœur, devenu un peu mon nouveau foyer quand je ne me contentais pas de m’assoupir dans l’appartement que j’avais trouvé, ou n’était pas occupé à nettoyer un peu ce bas-monde des têtes mises à prix. Même ici, il fallait une milice et une prison. Si ce n’était pas drôle !

Ce qui était moins drôle, c’est la phrase que j’entendis venir de ce type au coin du bar, le nez plongé dans son verre d’alcool. Je plissai les yeux en me tournant vers lui, intrigué et méfiant – je dois l’avouer, il valait mieux l’être – de cette réaction. Avais-je bien entendu ? Parlait-il de moi ? Non. Je n’avais donné mon identité à personne ici. Il saisit le verre, puis le brise. Littéralement, faisant sursauter les derniers poivrots présents. Je parcours rapidement la salle, puis pousse un soupir. Et c’est sans savoir que Joshua Thacker connaissait tout de moi que je m’approchai de lui pour me placer à sa hauteur.

TYKI • « Les verres ne sont pas compris dans la consommation. Je vais devoir vous le facturer. »

Soupirant à nouveau, je saisis un torchon posé un peu plus loin pour éponger le whisky pur malt que cet homme venait de littéralement gâcher. Evitant les morceaux de verre brisé, je fis signe à la dernière serveuse de revenir plus tard pour nettoyer le verre sur le sol. Il ne faudrait pas que quelqu’un se blesse, c’était mauvais pour la fréquentation. Reposant mes yeux bleus sur l’étrange client, je le fixe un moment avant de rouvrir la bouche.

TYKI • « Quelque chose ne va pas ? Le whisky n’était pas à votre préférence, peut-être ? »

Un ton mielleux en apparence, et pourtant assez sec au fond. Je n’appréciais pas les clients désagréables. Même si ceux-ci faisaient surgir dans ma mémoire tout un tas de questions et que je sentais le rythme de ma carotide s’empresser d’accélérer sous une étrange bouffée d’adrénaline. J’ignorais que nous nous connaissions. J’ignorais qui nous étions. J’ignorais que Josh avait décidé de m’oublier et de reprendre sa vie avec le jeune Samuel. J’ignorais qu’il avait mis fin à ses jours. J’ignorais que les deux émeraudes de ses yeux étaient mon paradis lorsque je l’observais après l’étreinte. J’ignorais combien de fois j’avais agrippé ses cheveux, ou embrasser cette gorge tendue. J’ignorais tout de nous. J’ignorais tout de lui.

Bienvenue en Enfer.


© Halloween

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MessageSujet: Re: Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]   Mer 11 Fév - 21:27


All the reminders...

Josh & Tiky

♪ Offer me that deathless death
Good God let me give you my life.


Le verre s'est brisé.
Le bruit. La douleur. Les regards curieux.

Pourquoi le verre est-il brisé ?
Le whisky luisant, les morceaux de verre dans la paume et le sang qui s'est figé, patientant avant de s’écouler, hésitant à franchir les rainures de sa main ; finissant par se séparer pour façonner des ruisseaux rougeoyant. Il pleut du sang dans le whisky, plic-ploc.

C'est moi qui ai cassé ce verre.
L’a-t-il lancé par terre, frappé contre la table, serré trop fort ? La douleur est cuisante, mais a le mérite de faire défiler le passé. Les souvenirs se sont effacés de sous ses paupières, lui faisant découvrir le carnage sous ses yeux. Le liquide s’étale, une rivière qui se suicide en bord de table, finissant enfin sa course jusqu’au sol.
Chaque contemplation dure un temps. Celle des plaies d’abord, celle du sol constellé de tâches ensuite. Puis les yeux se referment. C’est à cause de la voix, de cet homme qui parle mais qui n’a pas toujours été aussi bavard.
Ce soir, le plus taiseux des deux est celui qui sait. Bienheureux l’ignorant, paraît-il. Ce dernier est en face de lui. C’est terrible à dire et à voir, ce qu’il y a dans le cœur de Joshua qui semble mourir à nouveau sous le regard glacial de Tiky. De temps à autres, il avait espéré que celui-ci ne l’ait pas oublié, qu’il ne l’ait tout simplement pas vu, ce jour-là, ou pas reconnu dans son uniforme de pompier. Ce soir, il a la confirmation que cette ordure avait à nouveau préféré la simplicité en buvant l’eau du Styx, alors que lui, lui la souffrance éternelle, il la combattait en se noyant dans l’alcool.

« Il est aussi infecte et insipide que tes baisers, Tikiero. »

C’est douloureux à dire et à voir, autant de mensonges. Le ton mielleux du serveur n’a pas échappé à son client qui adopte le même, par mimétisme ou alors parce que - et le souvenir de leurs joutes verbales est trop douloureux pour qu’il y pense même inconsciemment.
Joshua déglutit. Cette fois encore, il a prononcé ce nom que l’autre exècre. Est-ce toujours le cas, d’ailleurs ? Se souvient-il seulement de ça, de ce nom qu’il a murmuré tant de fois à son oreille avant de la morde ?
Lui n’oubliera jamais, ça comme bien trop d’autres choses. Son regard, par exemple, qu’il a beau fuir mais qui le rattrape toujours. Les détails l’assaillent de toutes parts et sont plus ardus à combattre que le désir de lui envoyer un poing en pleine figure. L’avantage d’être celui qui sait, c’est qu’il peut feindre. De toutes façons, l’autre n’a jamais vraiment su comprendre, interpréter les signes. Ses intonations, ses cillements, ses silences étaient des énigmes et le sont restés.

Que cache-t-il, au fond ?
Il bouillonne. La prothèse qui lui sert de main gauche devant les lèvres, c’est un sourire qu’il masque. Mais le rire s’échappe. Il est d’abord presque inaudible et ses épaules, ce sont toujours ses épaules tremblantes qui le trahissent en premier. Ensuite ses yeux, forcément, toujours eux qui se plissent.

« Si on m’avait dit que tu finirais "plongeur"… »

Si Tiky ne l’avait pas revu durant deux ans, il en était tout autre pour Joshua. Il n’avait vu que lui. Au croisement d’une rue, au détour d’un chemin, en passant à toute vitesse avec ses collègues. Il était partout, même où il n’aurait pas dû. Deux ans à l’observer, le guetter, pour tout ces moments d’absences à combler.
La situation ne fait sans doute rire que le noyé. Une infime larme au bord d’un cil passe sur son index, glisse sur le plastique. L’autre main repose sur la table, sans la moindre considération pour ces blessures, tellement peu de chose face au reste.

Que cache-t-il, au fond ?
Il pleure de rire, ou rit de trop pleurer. Voilà les choses que ni le Tiky d’avant ni celui de maintenant ne pourraient comprendre. Surtout pas lui, cet inconnu, qui ne pourra plus rien combler. Il lui échappe une dernière fois. Comme le verre. Cette délicieuse substance gâchée, toute leur histoire en éclat, puis lui qui saigne. Rien ne change jamais vraiment. Alors il rit encore et ses cheveux de feu dansent, ou bien ce sont les reflets qui y dansent.

Puis tout s’arrête. Comme un baisser de rideau soudain sur la dernière scène d’une tragédie burlesque. Il serait aisé de le croire ivre, ce qu’il est sans doute un peu, trop.

« Apporte-moi quelque-chose de plus fort, de plus fort que toi, que ça. Que j’oublie, moi aussi. »

Joshua relève la tête et fait taire sa voix douce qui ressemble à un murmure qui n’en est pas un. Il a beau avoir le visage dressé vers Tiky, ses yeux, par habitude, se sont posés ailleurs, de côté, observant - peu lui importe ce qu’il observe, tant qu’il parvient à ne pas le regarder lui.

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MessageSujet: Re: Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]   Dim 15 Fév - 18:46



❝ I'm an Animal ❞


La simplicité était sans doute la chose qui me caractérisait le mieux lors de mes décisions. J’avais bien trop souvent choisi cette voie au cours de mon existence, et il semblerait que la leçon ne soit pas encore retenue : fuir l’Espagne et ma vie familiale pour m’installer à Londres, fuir l’Angleterre et cet amant secret pour disparaître dans la nature américaine, revenir comme une rose et exiger qu’il me soit rendu avant de partir à nouveau vers de nouveaux horizons. J’allais et venais au gré du vent à l’époque, je pensais que tout était possible et que rien ne comptait vraiment. Puis il y avait eu son suicide et son absence, qui m’avaient frappés comme d’un fouet douloureux pour me rappeler à l’ordre. Les choses étaient fragiles, les êtres fugaces, et tout ce qui méritait d’être affronté pouvait disparaître à tout jamais sans vous laisser de chance de retour. Joshua avait été l’un de ces évènements qui n’ont lieu qu’une fois dans votre vie et, après avoir souffert de son absence, voilà que j’avais – inconsciemment – choisi d’effacer toutes traces de lui de ma mémoire. Mon esprit était clair, mais mon cœur lourd. Bien trop, un poids brut sur mes épaules qui ne parvenaient pas à se redresser, à mesure que j’affrontais ces deux émeraudes. C’était comme si de l’acide gouttait doucement dans mes veines pour m’obliger à courber l’échine.

Alors que je ne le connais pas.

Il prononce à nouveau ce nom. Ce patronyme répugnant dont m’a gratifié ma maternelle, par amour inconditionnel pour le romantisme et la délicatesse de l’amour… Un nom à dormir dehors ou bien à se trouver une place dans le lit d’une ou deux dames. Les femmes aimaient un peu trop la cour et les idées naïves, susurrez leur un ou deux mots dans une autre langue et la plupart les prendront pour des mots doux. Uniquement pour elles. Uniquement pour cette nuit qui leur est ainsi promise. C’était agréable à faire, mais bien moins à entendre. Que parlait-il de baisers ? D’insipide ? Infecte ? Nous connaissions nous donc autant qu’il avait l’air de le croire ? Ou bien l’alcool lui faisait-il prendre ma personne pour une autre de sa connaissance ? Cet homme était un mystère, ou une folie : à râler, gronder, se mettre soudain à rire puis se cacher derrière un gant de cuir… et redevenir aussi sérieux que s’il n’avait rien dit. Qui était-il ? Depuis quand des étrangers se permettaient-ils de me considérer comme un ami ?

J’avais des questions, beaucoup trop. Et je repensai à ce que m’avait dit Adam, à propos de l’eau du Styx que j’avais bu à mon arrivée ici : elle vous efface. Elle vous transforme. Vous redevenez une page blanche mais perdez aussi tous vos automatismes de méfiance ou de prudence. Et face à cet homme aux cheveux brûlants, je me rendais compte que ma mémoire aurait été – sans doute – une arme redoutable à dresser. Mais je ne le connaissais pas. Je ne savais rien de lui. Je me senti alors profondément démuni quelques instants, durant lesquels un silence s’installa et de ma part, et venant du reste des pochtrons attablés aux tables. Je sentais le poids de leurs regards. La curiosité malsaine de savoir ce qu’il allait advenir ensuite. L’attention conjointe, le verre à la main et la langue prête à être pendue sitôt le cliffanger éventé.

Cet homme était un client. Un client qui avait réglé ses consommations, mais brisé un verre et la tranquillité de la salle. Mon professionnalisme – ha ha, quelle blague – m’obligeait à garder le sourire et à rester courtois dans mes propos. Cependant, je ne pus retenir cette main qui vint violemment saisir le col d’uniforme de ce type bourré, l’entraînant vers l’avant du bar afin d’être sûr qu’il comprenne bien ce que j’avais à lui dire. Ma voix se fit faible, mais le ton assuré et un brin agacé par une telle attitude désinvolte de sa part.

TYKI • « Ecoute, mon mignon. J’ai autre chose à foutre que de réparer tes conneries ou tes crises de folies. Alors tu vas payer la casse, boire un autre whisky si ça te chante et gentiment dégager de ce bar avant que ce ne soit moi qui te fasse dégager par l’arrière... »

J’observais le sang qui coulait de sa main, et l’irrépressible envie de pencher mes lèvres sur sa plaie m’envahit avec brutalité. Une brûlante demande, impérieux inconscient, que j’envoyais gentiment se faire foutre. Je ne l’avais jamais vu, ce connard. Alors pourquoi la chaleur de sa gorge et l’odeur de son parfum me paraissaient-ils soudainement si familiers ? Sa peau. Ses lèvres. Sa mâchoire elle-même m'invitait à venir le mordre outrageusement.

Je me retins de justesse de le passer par dessus le comptoir pour lui voler un baiser. Ou deux.


© Halloween

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MessageSujet: Re: Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]   Dim 15 Fév - 20:15


All the reminders...

J&T

♪ Have you no idea that you're in deep ?
I've dreamt about you nearly every night this week


Voilà. C’est comme s’il n’avait attendu que ça. Le renouveau, le recommencement, l’éternel retour sur la case départ. Le déclic, il l’avait presque entendu tinter à ses oreilles. Ce n’était en fait que le froissement du tissu de sa chemise, que le raclement de la table qu’il heurta en se faisant lever à la force d’un bras.
Tout se passait comme il l’avait espéré, comme il l’avait imaginé : la colère dans le ton emprunté par le serveur, l’attention subjuguée des ivrognes assoiffés et même la douleur dans sa paume et le sang qui tisse un fil d’Ariane entre sa table abandonnée et la sortie se rapprochant dangereusement du duo.
Ses pieds ne trainent pas vraiment par terre, tout comme il ne tient pas vraiment debout, peu soucieux de ce qui se trouve dans son dos et qu’il risque de heurter d’un moment à l’autre. Tiky le pousse vers la sortie sans le lâcher et les jointures de sa main appuient sur sa gorge sans l’étrangler. C’est parfait. Tout à fait parfait.
Quiconque aurait assez de jugeote pour analyser le sourire de l’ivrogne aux cheveux rouges y décèlerait une irascible jubilation : c’est qu’il n’a pas encore fini de rire, il rit encore, mais en silence ! tout en se prenant des tabourets dans les pieds qui manquent presque de le faire trébucher.
En y regardant de plus près, Joshua semble presque flotter au-dessus du parquet et pourtant, le serveur qui fait à présent office de videur n’est pas tellement plus grand que lui, ne le soulève pas autant que ça.
Ce n’est que lorsque Tiky le lâcha et qu’il reprit appui sur ses deux pieds que Joshua se redressa, paraissant se grandir et se ressaisir : il ne ressemblait plus en rien au pochtron qui venait de briser un verre au fond du bar. Dans la lumière tamisée de l’entrée du pub, en fait, il ressemblait à un adulte à l’allure fière et terriblement séduisant bien qu’un peu éméché.

♪ Been wondering if you're heart's still open
And if so I wanna know what time it shuts ♫


Avant même que Tiky ne se saisisse de son col, tout était déjà tracé, indiqué et vécu : du moins pour celui des deux qui s’en souvenait. Oh à l’époque, ils étaient tous les deux ivres, mais ça ne changeait rien, au fond, à ce qui allait arriver et ce qui provoquait déjà tant d’amusement chez l’ancien professeur. Si Tiky hésitait, ce n’était plus le cas de son ancien amant. Tandis que le premier terminait sa tirade, le second retroussait ses manches dans le plus grand calme, après en avoir déboutonné les manchettes. Le simple fait de répéter ce geste à des années d’intervalles lui plaqua un sourire aux lèvres, dissimulé dans l’ombre de sa chevelure. La manche bien en place au-dessus du coude, le poing ensanglanté ouvert et refermé pour juger de son efficience, cela ne prit qu’une fraction de seconde qu’il fut le seul à ‘vivre’ pleinement.
Al Falacia l’a appelé « mon mignon ».

C’était le déclic.
L’instant d’après, son poing s’écrasait sur feu le magnifique visage de Tiky. Le craquement lugubre qui émanait de ce premier contact ne laissait supposer que deux choses : soit le serveur avait le nez cassé, soit son assaillant s’y était cassé un doigt. Dans tous les cas, la douleur serait leur premier sentiment commun.
Il ne savait plus qui, à l’époque, avait appelé l’autre « mon mignon ». Davantage encore, il ignorait qui avait porté le premier coup : mais ce soir aucun doute, c’était lui. Sans même regarder Tiky, il espérait au moins l’avoir fait basculer vers les tabourets et laissé se faire emporter par la chute de ceux-ci. Mais il ne prit à aucun moment la peine d’observer son adversaire : Il bascula la tête en arrière et contre toute attente, se mit à rire à gorge déployée. Il était hilare !
Secouant la main à présent couverte de sang qu’il maintenait ouverte devant lui, Joshua ne dissimula pas la douleur de celle-ci. Les plaies en plus le coup brutal qu’il avait décroché à Tiky en s’assurant bien de s’y casser au moins un doigt ne firent qu’accroître son éclat de rire.
Oh bien sûr, il n s’attendait pas à rire longtemps, c’est pourquoi il riait fort, sans même avoir l’air d’un dément.
Quiconque aurait pu se glisser dans ses pensées à cet instant aurait compris pourquoi tout cela lui semblait si amusant. Mais fort heureusement, pas un seul individu ne semblait pouvoir lire en lui : la confusion semée dans le bar se leva tout comme les derniers clients et des mouvements se firent entendre tout autour du duo.
S’il n’avait pas l’intention, à la base, de se battre contre les autres individus, Joshua prit tout de même soin d’adopter une position plus défensive, ramenant les coudes à hauteur des côtes, les poings légèrement fermés face à son visage, genoux fléchis. Son regard balaya enfin la pièce : comme à l’époque, les gens autour préférèrent observer que se joindre à eux. C’est parfait. Tout à fait parfait.
Le bois du comptoir, l’orangé de la lumière et les visages des badauds, tout se métamorphose un peu dans l’esprit embrumé de Joshua. Il voit l’herbe foncée, le bleu de la nuit et quelques faciès d’anciens collègues qui l’incitent à cesser tout cela, ces enfantillages. C’est l’alcool qui parle, disaient ces gens-là, à l’époque. Ils avaient tellement tort, déjà. C'était et avait toujours été cette envie de sang et de l'autre, cette même envie qu'ils partageaient encore, même à cet instant.
C’étaient aussi les mêmes mots qu’il entendait tout autour, et les mêmes mots qu’il répéta à son tour :

« Alors, tu me trouves toujours aussi mignon ? »


♪ I don't know if you feel the same as I do
We could be together if you wanted to ♫


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MessageSujet: Re: Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]   Lun 16 Fév - 11:24



❝ I'm an Animal ❞


Le coup parti. Je ne m’y attendais pas vraiment, même si je l’avais vu prendre un soin particulier à remonter les manches de sa chemise au-dessus de ses coudes. Comme s’il avait l’habitude de ce genre de choses. Et ce sourire, ce sourire qui ne disparaissait pas au fil des minutes. Pire, il s’élargissait et ne faisait qu’empirer, révélant un visage hilare à la limite du jouissif. Qu’est-ce qui pouvait bien être aussi drôle pour lui, alors que la situation était aussi désagréable pour moi ? Décidément, ne pas savoir était le pire des fardeaux, je m’en rendais compte désormais que je rencontrais cet homme qui semblait très bien me connaître. Ou du-moins, en savoir bien plus que moi. L’ignorance pouvait être une délivrance comme une sacrée connasse, et cet aspect m’explosait en plein visage en même temps que le poing qu’il abattit dans ma direction.

J’entendis un craquement horrible. Ou bien deux ?
Je sentis la douleur me vriller le crâne et mes pieds perdre le contrôle de la gravité.
Je touchais du bout des doigts le bois des tabourets que j’écartais dans ma chute.
Je goûtais à l’amertume du sol et au fer qui commença à emplir ma bouche.
Et je vis ce type aux cheveux rouge se mettre alors à rire, rire comme si le diable s’était épris de lui.

Le choc. Quelques secondes seulement. Ou bien une minute, le temps me paraissait alors un détail aussi futile que le nombre de points sur la jupe des serveuses. Tout ce qui m’importait, c’était l’évidence de ce qu’il venait de se passer : frapper. Il avait frappé le premier. Son poing était rougi – par ma faute ou celle du verre brisé ? Ses bras et tout son corps tremblaient, mais pas de peur, non. D’une excitation évidente. D’un plaisir non dissimulé. D’une hilarité à vous en rendre dingue. Son attitude, son maintien, son assurance et cette colère qui s’animait au fond de ses yeux… Tout ceci sonnait comme un terrible recommencement. Vous savez, le genre de pellicule qui s’enchaine infiniment sans que vous n’en ayez le contrôle. Le même film. Le même moment qui revenait. Terrible impression de déjà-vu qui me sautait à la gorge mais qu’il m’était impossible d’identifier ; et pourtant, je n’avais oublié aucune de mes dernières victimes ici. Il n’en faisait pas parti. Il ne faisait partie de rien de connu, de sûr, de fiable.

D’où sortait la fureur, qui grimpa peu à peu de mon ventre pour s’immiscer dans la moindre de mes veines, jusqu’au bout de mes capillaires sanguins afin d’alimenter les muscles et les tendons ? D’où venait la douleur qui m’empoignait le torse et m’enserrait le cœur ? Le sang coulait sur mon visage. Le goût du liquide carmin sembla émoustiller mes papilles plus que je ne l’escomptais. La surprise. L’étonnement. La réalisation. La colère. La fureur. L’envie brûlante de me redresser d’un bond et de venir le mordre à la gorge pour arracher cette carotide saillant sur son cou. Mes pupilles se dilatèrent sous l’excitation que ce coup avait provoquée. Je sentis le sang espagnol de mes veines se mettre à bouillir sous la provocation – car s’en était bien une. Carrément. L’insulte empoisonnée faite au corps et à la dignité. Aussi je décidai de rattraper mon ego par la peau des fesses pour reprendre ce qui me revenait de droit.

Je l’entendis parler. Je sus clairement que les autres personnes du bar s’étaient levées et approchées. Je m’étais déjà pris des coups par des poivrots, mais en général je savais savamment manier la chose pour les mettre dehors rapidement. Je ne m’étais jamais énervé sur quelque chose. Je n’avais jamais répondu. Ni même cherché à créer un esclandre dans le pub d’Adam. Non, j’étais calme et serviable sous mes grands airs aguicheurs, à la condition que je n’ai pas à sortir le 9mm qui se tenait sous le comptoir, chargé et sans sécurité. Mais à ce moment-là, je n’avais plus cette raison consciente qui me permettait d’être civilisé. Je n’avais que l’envie furieuse de foutre à terre ce mec pour le rouer de tous les coups possibles et imaginables.

TYKI • « T’as encore du boulot à fournir pour ça. »

Et c’est ce que je fis : prenant appui sur l’un des tabourets pour me redresser, retrouver mon équilibre, et littéralement me jeter sur Joshua Thacker. Je vins le saisir au niveau de la taille dans un plaquage jusqu’à l’écraser contre la porte du bar derrière lui. Je saisissais les pans de sa tenue et griffais ce que je pouvais y trouver. La porte ne résista pas longtemps à l’assaut soudain prodigué contre elle, et céda volontiers la place pour la suite du chemin. Je manquai de perdre à nouveau l’équilibre en sa compagnie, et préféra le pousser de toutes mes forces en arrière pour qu’il s’effondre le premier sur le sol marbré. Nos jambes s’emmêlèrent un instant, mais je parvins à rester debout. Je m’avançai de quelques pas loin de la porte, et me penchai vers lui pour le saisir à nouveau au col. Je le soulevai un peu de mon bras gauche, tandis que le droit s’abattit violemment sur sa mandibule inférieure. Une fois. Puis deux. Jusqu’à voir le sang percer sa lèvre. Jusqu’à le trainer sur quelques mètres avant de recommencer. Et attendre. Attendre les coups en retour. Attendre, et frapper.

Ce gars me tapait littéralement sur le système à ce moment précis. Et je n’avais pas d’autres envie plus folle que celle de le détruire.


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Ask the moon, but ask him soon [PV Al Falacia]

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